Un monde connecté, état des lieux

22 août 2010 par Thierry VENIN Pas de commentaires »

Publié par le site Gigaom.com, à partir de données en provenance de Cisco, ce très visuel état des connexions mondiales.

Phénomène connexe, le succès mondial des smartphones se confirme avec 118,3 millions de mobiles multimédia vendus durant les six premiers mois de l’année 2010, soit une hausse de 54% par rapport à la même période en 2009 (Le Figaro).

TIC et stress : la relation se confirme

8 juillet 2010 par Thierry VENIN Pas de commentaires »

Le nouveau baromètre CGC-OpinionWay sur le stress des cadres est paru. Il s’agit de la 14ème campagne portant sur un échantillon de 1077 personnes représentatives des cadres actifs français.

Les questions que nous avions proposées portant directement sur l’influence des TIC sur le stress au travail ont été conservées. Nous en remercions à nouveau vivement la CGC, d’autant plus que l’observation de  l’évolution de ces indicateurs dans le temps est évidemment très utile.

Voici les principaux résultats qui intéressent directement notre thème.

Afin de faciliter la lecture, les mesures faites en octobre 2009 sont conservées au regard de celles faites en mai 2010.

TIC et stress - Volume

La proportion de cadres qui estiment que les TIC accroissent le volume d’informations à traiter est encore un peu plus massive (83% au lieu de 82%). Il y a une nette augmentation de ceux qui en sont très convaincus (38% au lieu de 33%).

Stress et TIC - Temps de réponse

En même temps que les TIC accroissent les volumes, elles tendent à imposer des temps de traitement toujours plus brefs. La proportion de ceux qui le pensent est toujours aussi massive et, de la même façon que pour les volumes, la prise de conscience semble s’affirmer.

Les entreprises fournissent globalement de nombreux moyens de connexion distante. L’évolution en termes de mobilité est très marquée (12% de plus entre les téléphones portables et les smartphones !)

Stress et TIC - confusion des sphères professionnelle et privée

Il résulte naturellement de la corrélation de ces tendances au « toujours connecté », à l’accroissement des volumes et à la réduction des temps de réponse, une forte incitation à la confusion des sphères professionnelle et privée, qui passe en 6 mois de 77% à 82%.

Stress et TIC - Mesures préventives

Un léger frémissement semble intervenir au niveau de la prise de conscience collective qui se traduit par un plus grand nombre de mesures préventives (16% au lieu de 14%).

A suivre…

L’enquête complète est disponible sur le site de la CFE-CGC.

Les patrons trimestriels

11 juin 2010 par Thierry VENIN Pas de commentaires »

Nouvel indicateur du temps planétaire imposé par les marchés financiers : la durée moyenne de mandat des patrons a chuté de 25% en dix ans.

Le cabinet Booz&Co vient de publier une compilation de 10 ans d’analyse sur la succession des dirigeants (de 2000 à 2009).

Outre sa durée d’observation, cette étude porte sur 2500 plus grandes entreprises mondiales et 3719 changements de dirigeants. Ces analyses statistiques sont complétées par une douzaine d’entretiens aux Etats-Unis, en Europe, en Amérique du Sud et au Japon.

Une des observations qui émerge de cette enquête est la remarquable convergence mondiale des normes.

“The harmonization of CEO turnover rates suggests that global governance norms are emerging—not by fiat but through practice—across the world and in every industry. The percentages of CEOs who are replaced each year in Europe, as well as in the rest of Asia, have reached levels closer to those in North America and Japan.“

En d’autres termes, le rabot de la planète financière est en action.

Le mandat d’un patron est de plus en plus court et intense. Sa marge de manœuvre et la tolérance au manque de performance de l’entreprise qu’il dirige sont de plus en plus étroites. La pression sur les résultats augmente et le temps admis pour les obtenir est réduit.

Il en résulte un taux de rotation significativement accru sur ces dix dernières années. En moyenne, un patron restait aux commandes 8,1 ans en 2000 contre 6,3 ans aujourd’hui.

La pression des marchés financiers et leur exigence de résultats trimestriels sont principalement avancées pour expliquer cette tendance. « Le délai pour produire des résultats concrets a été divisé par quatre », résume Patrice Naudy, vice-président chez Booz&Co cité par Le Monde du 3 juin.

We are living in Financial Times

France Télécom : l’arbre qui cache la forêt du stress au travail ?

4 juin 2010 par Thierry VENIN Pas de commentaires »

Un article paru dans l’Express.fr le 3 juin titre « La Poste victime du syndrome France Telecom ».

Dans notre pays au moins, France Télécom serait-il devenu LA référence en matière de stress au travail ?

L’enquête également publiée le 3 juin par l’Agence Européenne pour la Sécurité et la Santé au Travail (EU-OSHA) permet hélas d’en douter.

Cette enquête est présentée par l’Agence européenne comme la plus grande enquête  jamais menée en Europe (31 pays, 36 000 entretiens téléphoniques), à mi-parcours de la stratégie communautaire 2007-2012 en faveur de la santé et de la sécurité au travail.

La principale conclusion porte sur l’accentuation de la préoccupation concernant les risques psychosociaux tels que le stress, la violence et le harcèlement.

  • 4 dirigeants européens sur 5 se disent préoccupés par le stress lié au travail (79%)
  • Ceci place le stress au travail presqu’au même niveau de préoccupation que les accidents de travail (80%)
  • Le stress au travail est désormais reconnu comme pesant lourdement sur la productivité européenne : de 3% à  4% du produit national brut (PNB) européen.
  • Ce PNB est estimé à 16 180 milliards de dollars (source CIA World Factbook) .
  • Selon ce rapport, le coût du stress au travail en Europe s’élèverait donc à 647 milliards de dollars soit (au cours de l’euro au jour de publication : 1.2034 et sur la base de 4%) à plus de 537 milliards d’euros
  • Pour autant, les actions de préventions semblent tarder à être mises en place et le directeur de l’Agence s’inquiète qu’en moyenne seulement 26% des entreprises aient mis en œuvre des mesures préventives.

Enfin, le rapport prend acte de la profonde évolution de nos environnements de travail et de l’émergence de risques nouveaux (liés aux nouvelles technologies notamment) et il encourage la recherche sur ces nouveaux risques. Le rapport n’est-il pas intitulé « Enquête européenne des entreprises sur les risques nouveaux et émergents » ?

Lien du communiqué de presse :
http://osha.europa.eu/fr/press/press-releases/79-of-european-managers-are-concerned-by-work-related-stress-but-less-than-a-third-of-companies-have-set-procedures-to-deal-with-it-1

Lien du résumé en français :
http://osha.europa.eu/fr/publications/reports/fr_esener1-summary.pdf

Lien du rapport complet (en anglais) :
http://osha.europa.eu/en/publications/reports/esener1_osh_management

Y a-t-il encore un pilote dans l’avion ?

23 mai 2010 par Thierry VENIN Pas de commentaires »

Près de 3 semaines après le flash crash qui a effrayé les marchés américains, les autorités de régulation cherchent toujours à en comprendre les raisons.

Le rapport de 151 pages publié le 18 mai par la SEC et la CFTC est ainsi résumé en page 5 :

“We have found no evidence that these events were triggered by ‘fat finger’ errors, computer hacking or terrorist activity, although we cannot completely rule out these possibilities.”

Ceci dit, les marchés électroniques ou l’algo-trading sont fortement suspectés d’avoir au moins pris une part importante sinon déterminante dans cet effondrement aussi spectaculaire qu’incompris.

Des traders cités par le Financial Times avancent l’hypothèse selon laquelle l’étincelle qui aurait mis le feu aux poudres serait une combinaison d’évènements avec une vague de ventes s’intensifiant au fur et à mesure de la chute des cours, la crise étant a minima aggravée par les programmes informatiques d’échanges informatisés qui passent de grandes quantités d’ordre en quelques micro-secondes.

Toujours selon cette hypothèse, le flash crash s’est arrêté quand d’autres programmes informatiques ont commencé à acheter des actions faisant ainsi remonter les cours.

Bref, une situation totalement hors de contrôle humain. On en regretterait presque le pilotage par la cupidité.

D’où la proposition de la SEC, à titre expérimental jusqu’au 10 décembre, de mettre en place des « coupe-circuits » destinés à ouvrir des possibilités de reprise de contrôle humain en cas de nouvel emballement incontrôlé.

Ainsi, le commerce des actions S&P 500 sera interrompu pendant 5 minutes si leur prix augmente ou diminue de 10% sur une période de 5 minutes.

Autrement dit, on stoppe les machines pendant 5 minutes quand les cours s’emballent sans que l’homme comprenne pourquoi. La SEC a inventé la mini-RTT-réflexion.

De quoi s’interroger sur le degré de contrôle humain désormais exercé sur des marchés financiers informatisés qui, sur un temps de l’ordre de la microseconde, peuvent entraîner des effets sociaux dévastateurs bien réels dont la répercussion sera d’une toute autre durée.

Quelques milliards évaporés en quelques minutes sans aucune explication : voici le Mystère de la Chambre Jaune radicalement modernisé…

L’enquête se poursuit…

Flash Crash : mystère à Wall Street

8 mai 2010 par Thierry VENIN Pas de commentaires »

…ou quand les TIC stressent Wall Street…

Jeudi, Wall Street a soudainement plongé sans aucune raison apparente. 1 milliard de dollars a été englouti, provoquant la panique du marché et faisant titrer au Wall Street Journal : « The Stock Market’s Flash Crash: How to Destroy $1 Billion in 60 Minutes »

Le journal Libération a relayé cette information captivante sur un phénomène inédit dans l’histoire de la finance en raison de sa rapidité et de l’incompréhension qui l’entoure. Cela méritait une nouvelle appellation : le « Flash Crash » qui était jusqu’ici le nom d’une grenade d’exercice militaire.

Ce phénomène fait écho à des inquiétudes persistantes à propos des Dark Pools, ces salles de marché totalement informatisées et dont les ordinateurs sont capables de passer de grande quantité d’ordres à la (milli)seconde sans intervention humaine.

Il est trop tôt pour tirer une quelconque conclusion de ce qui s’est passé puisqu’on ne sait pas ce qui s’est passé, hormis le fait que le marché s’est brusquement effondré et qu’il reste extrêmement nerveux, obligeant la Maison Blanche à intervenir pour tenter de rassurer. Selon Evan Newmark sur le site du Wall Street Journal, une erreur de courtier aurait provoqué l’emballement des algorithmes des ordinateurs de négociation à haute fréquence. “We’ll have to wait for a full autopsy of today’s trading day. But it’s a safe bet that after the trader’s initial error, high-frequency trading computers remorselessly running their algorithms took over.”

Dès hier la SEC (Securities and Exchange Commission) a déclenché une enquête et publié un communiqué, pressée notamment par le sénateur du Delaware Ted Kaufman, d’enquêter sur le « trading algorithmique ».

Le sénateur Kanjorski ajoute : “Nous ne pouvons pas permettre à une erreur technique d’effrayer les marchés et semer la panique. »

Le professeur de finance James Angel (Georgetown University) livre une piste prometteuse au New York Times : « Nous avons un marché qui réagit en millisecondes, mais les humains qui le contrôlent mettent, eux, plusieurs minutes à réagir et, malheureusement, des milliards de dollars de dommages peuvent être causés pendant ce laps de temps ».

Remettre le contrôle humain au centre du système ? Calmer le jeu ? A suivre…

Flash Crash

Mystère à Wall Street

Santé au travail : quand les TIC font mal

25 avril 2010 par Jérôme TAPIE Pas de commentaires »

Sud-Ouest – 22 avril 2010 par  Alain Babaud – Reproduit avec l’aimable autorisation du journal Sud-Ouest

Chercheur et directeur de l’ADN64, Thierry Venin s’intéresse au stress lié à l’usage des nouvelles technologies de l’information (e-mails, Internet, mobiles…). Interview.

Influence des TIC sur le stress au travail

Pour Thierry Venin, les nouvelles technologies ont aussi « un côté addictif ». PHOTO LUKE LAISSAC

« Sud Ouest ». Les nouvelles technologies sont censées nous faciliter la vie et le travail. Mais pour vous, ce sont également des facteurs de stress ?

Thierry Venin. Cela fait trente ans que je fais de l’informatique en Pyrénées-Atlantiques. Je fais partie de cette génération qui a vécu l’essor des technologies de l’information et de la communication (TIC), la montée en puissance d’un secteur tertiaire qui s’est « mécanisé ». Les ordinateurs ont pris le pas sur les fastidieux travaux des champs ou à la chaîne. Parallèlement, le temps de travail a baissé. On devrait donc avoir les doigts de pied en éventail, aujourd’hui, être cool. Mais c’est le contraire qui se produit. Le stress au travail constitue une véritable pandémie ! Pourquoi ? Où est le bug ?

Vous faites un lien direct entre le stress et l’utilisation toujours croissante des ordinateurs, d’Internet et des téléphones mobiles. Au-delà de l’observation, sur quoi vous appuyez-vous ?

Sur les résultats de l’enquête nationale menée par le laboratoire du stress au travail de la CGC, à l’automne dernier. L’Université de Pau, à travers le laboratoire SET auquel je participe, a demandé au syndicat d’intégrer des questions sur les TIC dans son sondage OpinionWay portant sur un panel de 1 072 cadres français. C’est une première.

Les chiffres confirment ce que chacun savait de façon intuitive et qui n’avait en fait pas été mesuré jusque-là sur les effets de la surabondance informationnelle.

Quels sont les chiffres clés et concluants, de cette étude inédite ?

On apprend que 82 % des sondés jugent que les outils électroniques accroissent le volume d’informations à traiter. Pour 86 %, ces mêmes outils imposent des temps de réponse toujours plus courts et, pour 77 %, ils amènent à travailler de plus en plus en dehors de leur lieu de travail et des horaires de travail, c’est-à-dire à la maison.

90 % des cadres jugent aussi qu’ils doivent travailler « trop vite » et 56 % que le temps disponible pour accomplir leur travail est insuffisant. Il faut donc arriver à réguler les flux d’informations, ne plus subir l’afflux de technologies, mais les mettre à notre service.

Il peut y avoir un « trop plein » de technologies ?

Les nouveaux flux d’information ne remplacent pas les précédents, ils s’y ajoutent ! Aux États-Unis, on a évalué qu’un cadre passait environ deux heures par jour à traiter une moyenne de 85 mails ! Ajoutez-y les coups de téléphone, les post-it des collègues, le patron qui surgit… Grosso modo, ça fait une sollicitation toutes les 3 à 4 minutes dans la journée de travail.

L’urgence succède à l’urgence. Dès qu’on a reçu un mail, il « faut » y répondre sinon celui qui vous l’a adressé vous appelle en vous disant « tu n’as pas reçu mon mail ? » De fait, on zappe en cherchant même à combler les « trous ». Une minute de libre ? Vite, un coup d’œil sur la messagerie pour voir si rien n’est arrivé ! Il y a un côté addictif, là-dedans.

Quelles peuvent en être les conséquences néfastes ?

D’abord, il n’y a plus de temps pour la rêverie. Ça peut paraître étrange, mais des travaux scientifiques montrent que laisser vagabonder son esprit, c’est très positif pour l’apprentissage, pour pouvoir apprendre. Et puis, c’est tout simple : pour se plonger dans un dossier compliqué, il faut un minimum de temps de concentration en continu. Or le temps est souvent compressé, haché.

J’ai cité l’exemple de l’usage qu’on fait généralement de la messagerie électronique. Les TIC amènent à répondre « en temps réel » aux sollicitations. Et cette dérive vers le « temps réel » finit par ébranler jusqu’aux traders. Ces technocrates les plus rapides du monde, connectés et réactifs, se font déjà supplanter par les « dark pools », qui sont des salles de marchés qui peuvent traiter des milliers d’ordres à la seconde !

Y a-t’il un moyen de sortir de cette dictature de « l’immédiateté » ?

La mondialisation, la culture dominante de la finance poussent dans ce sens et tout n’est pas à condamner, bien sûr. Mais, il y a des choses à faire, oui. Comme commencer à prendre du recul.

Depuis l’automne dernier, le laboratoire SET que dirige Francis Jauréguiberry et l’Université de Pau et des Pays de l’Adour sont notamment les chefs de file d’un programme universitaire sur le thème de la « déconnexion volontaire des TIC ». Nous sommes associés aux universités de Bordeaux, Toulouse et d’Ottawa. L’Association nationale de la recherche (ANR) a mis 200 000 € de crédits sur quatre ans.

La Journée mondiale de la sécurité et de la santé au travail du 28 avril vous paraît-il être une bonne occasion d’évoquer cette question du stress lié aux TIC ?

Tout à fait. L’Union européenne s’y intéresse encore peu, contrairement aux États-Unis. Mais il faudra le faire de plus en plus. Aujourd’hui, une structure comme l’Agence du numérique 64 que je dirige cherche à lutter contre la fracture numérique. Et c’est nécessaire.

Mais demain, comment on va gérer la surabondance informationnelle qui a déjà des conséquences, on le voit bien, en termes de santé ? Il faut prendre le temps d’y travailler, ce qui n’a pas été fait jusque-là. Les études ont montré qu’en France, le coût social du stress approche, aujourd’hui, les 3 milliards d’euros. Il faut le prendre au sérieux.

Un profil d’expert

Thierry Venin fait partie des experts en technologies de l’information et de la communication.

À 54 ans, ce doctorant est chercheur au sein du laboratoire de recherche scientifique SET (Société environnement territoire), une unité commune à l’Université de Pau et au CNRS.

Il est également président de l’association de chercheurs Phronesis, ainsi que le directeur d’ADN64, l’Agence du numérique du Conseil général installée à Pau et conçue pour aider les habitants des Pyrénées-Atlantiques à accéder et faire le meilleur usage des nouvelles TIC.

Thierry Venin a créé l’association Phronesis et le site Internet www.phronesis-project.org voilà quelques mois, pour mettre en réseau les chercheurs européens qui s’intéressent à la maîtrise des nouvelles technologies de l’information au travail. Cela dans le but de constituer un observatoire et de réaliser un guide des « bonnes pratiques » des NTIC.

Le chercheur a également mis au point un logiciel, baptisé Cooldone, édité à Pau et vendu (20 €) par Jérôme Tapie, pour aider les cadres à « prendre de la hauteur dans le pilotage de leur vie pour qu’ils ne se laissent pas noyer dans l’urgence des TIC ».

Les premiers séminaires sur le même thème ont démarré. Le Syndicat des directeurs généraux des services des Pyrénées-Atlantiques vient d’en profiter.

Eloge de l’esprit vagabond

15 avril 2010 par Thierry VENIN Pas de commentaires »

On considère l’esprit au repos comme improductif. « Arrête de rêvasser ! »

La tendance actuellement dominante consiste à combler les « trous ». L’impatience est socialement très contagieuse et attendre un transport en commun plus de 5 minutes devient intolérable. Le passage d’une succession frénétique de sollicitations à un trou d’air temporel de type « le bus n’arrive toujours pas » peut même devenir anxiogène.

« Information technology helps to fill the gaps » dit Thomas Eriksen dans son excellent livre sur la tyrannie du moment. En effet, tous les moments « creux » peuvent désormais être comblés notamment avec les smarphones qui offrent une multitude de possibilités communicantes ou non mais toujours présentes dans la poche : nous allons avoir tendance à combler ce trou temporel en téléphonant, en relevant les emails, en postant un tweet, en consultant son mur Facebook, quelques infos de presse, en lançant un jeu, en envoyant un SMS, … Les possibilités de combler les « vides » avec des bouts d’activités rapidement commutables sont infinies (bientôt 200 000 applications dans l’Apple Store).

Afin de mieux exploiter des fractions de temps disponibles, Apple crée d’ailleurs sa régie publicitaire iAd. « Le pari d’Apple, c’est que les utilisateurs de l’iPhone passent de plus en plus de temps à consulter des applications, qu’il y a une vraie audience sur certaines d’entre elles qui peuvent être du coup exploitées par des annonceurs », selon Cédric Foray, directeur associé du cabinet Greenwich Consulting cité dans Le Monde du 10 avril. « Les annonceurs pourraient aussi être intéressés par le potentiel, énorme, des annonces géolocalisables ». Géolocalisables, autrement dit une attention captable dans la rue, en déplacement, partout, tout le temps.

La principale ressource rare pour les fournisseurs de n’importe quelle marchandise dans la société de l’information c’est l’attention des autres.

Ce même phénomène de temps haché où le bombardement électronique continu vient combler les moindres bulles d’oxygène dans l’emploi du temps du salarié mérite d’être considéré comme un puissant facteur de stress au travail.

Quand le temps est fractionné en petits morceaux, il peut finalement cesser d’exister. Est-ce là une des causes (non exlusive) du débordement chronique des travailleurs du tertiaire et plus globalement de l’homme moderne qui se plaint constamment de manquer de temps ?

Une équipe de chercheurs en sciences neuronales et en psychologie de l’université de New-York vient de publier une étude sur les vertus de la rêverie. Plus scientifiquement formulé, l’étude est intitulée : « Enhanced Brain Correlations during Rest Are Related to Memory for Recent Experiences ». Pourquoi est-il si difficile de se souvenir des choses que nous ne voulons pas oublier ? C’est peut-être, prétendent aujourd’hui de nombreux chercheurs, que nous y pensons trop !

En soumettant des volontaires à des tests puis en analysant leurs activités cérébrales par imagerie à résonance magnétique fonctionnelle, l’équipe du laboratoire de Lila Davachi démontre que certaines activités du cerveau augmentent durant un repos éveillé et sont corrélées à une meilleure mémorisation.

Les 16 « cobayes » ont d’abord été scannés au repos avant le début de l’expérience. Ensuite, allongé en dehors du scanner, chacun devait regarder une série de paires d’images. D’abord des paires formées de visages et d’objets puis en imaginant l’image du visage en interaction avec l’objet. Ils prenaient ensuite quelques minutes de repos avant un nouveau scanner. L’expérience était répétée avec de nouvelles paires de visages et de scènes. Un peu plus tard, ils devaient remplir un petit quizz pour mesurer leur reconnaissance des visages, des objets et des scènes.

« Se reposer peut effectivement contribuer à votre succès au travail ou à l’école», conclut la Professeure du département de psychologie de l’université de New-York pour le Time.

Cette étude en recoupe d’autres et notamment celle de l’Université de Colombie-Britannique au Canada citée par Science et Avenir sous le titre « Rêvasser, c’est bon pour le cerveau » ou encore des travaux menés par le neurologiste Maurizio Corbetta (Université Washington de St. Louis) et Dale Stevens à Harvard (cités par le Time).

Alors, le prochain temps lent, on le déguste ?

Les traders sont-ils des bogues ?

5 avril 2010 par Thierry VENIN 2 commentaires »

Les travailleurs du tertiaire les plus rapides de la planète sont-ils menacés d’extinction ? Combien de temps encore, ceux qui brassent des budgets étatiques en quelques clics de souris, les yeux rivés sur leurs terminaux Bloomberg, pourront-ils rivalisés avec les micro-processeurs ?

Le gendarme financier européen, The Committee of European Securities Regulators (CESR), emboîte le pas de la « Securities and Exchange Commission » américaine, en lançant auprès des professionnels une enquête sur le « High Frequency Trading ». L’enquête est ouverte jusqu’au 30 avril.

Cette pratique en pleine ascension inquiète en effet les instances de régulation Le « HFT » est basé sur des algorithmes capables de passer d’énormes quantités d’ordres en millisecondes, profitant d’écarts faibles : les machines parlent aux machines, directement, dans des temps et des proportions qui sont les leurs. Les ruisseaux faisant les grands fleuves, ce seraient ainsi 21 milliards de dollars de marge qui auraient été générées l’an dernier aux Etats-Unis.

Afin d’accroître encore la vitesse des opérations de vente et d’achat, les opérateurs de HFT implantent leurs serveurs le plus près possible des serveurs de la plateforme boursière. La traque aux nanosecondes est engagée. Ainsi les équipements informatiques de Nyse Euronext ont-ils été déménagés de Paris à Londres et des débats auraient lieu pour les rapprocher ensuite de la banlieue londonienne vers le centre.

Cette pratique aurait été favorisée en Europe par la directive de 2007 qui a mis fin au monopole des Bourses traditionnelles, et selon un article du Figaro qui cite la firme de conseil Aite Group, le High Frequency Trading réaliserait aujourd’hui 25% des transactions sur actions en Europe, pour atteindre 30% d’ici à la fin de l’année et 45% en 2012.

On comprend au vu de cette expansion que la course à l’armement technologique soit engagée, qu’il s’agisse des serveurs, de leurs lieux d’implantation et des algorithmes utilisés. La société de « Dark Pool » BATS base son argumentaire sur le fait que ses équipements sont capables de passer des ordres en 270 microsecondes en moyenne, soit « 1000 fois plus vite qu’un clignement d’œil ».

Là où le CESR et la SEC craignent notamment une rupture d’équité dans l’accès aux marchés, BATS, entre autres opérateurs, fournit un argumentaire de riposte et appelle à la mobilisation. Mais ceci est une autre histoire…

Cette question se rapporte en revanche de bien des façons à notre thème : les traders deviennent-ils des bogues beaucoup trop lents entre deux ordinateurs ?

Le High Frequency Trading va-t-il remplacer les traders ?

Une image du passé ?

Infomania et stress au travail

28 mars 2010 par Thierry VENIN Pas de commentaires »

Nous sommes tombés par hasard sur une petite étude réalisée par le Dr Glenn Wilson en 2005 pour accompagner, à la demande d’HP, une enquête plus large sur les effets indésirables de l’infomania chez les travailleurs anglais.

Cette étude semble difficile à trouver mais fait l’objet d’une courte note sur le site du Dr Wilson.

Ce travail aborde sous un angle complémentaire le même thème que celui évoqué dans l’article « Multitaskers are bad at multitasking« .

Le Dr Wilson a soumis 2 fois des groupes de 4 hommes et de 4 femmes à des tests de QI : une fois dans des conditions paisibles et une fois dans des conditions de distraction (sonneries de téléphones mobiles et arrivée d’emails). Pendant les tests, des mesures telles que la sueur, la fréquence cardiaque et la tension artérielle ont été effectuées et les « cobayes » ont auto-estimé leur stress.

Les résultats ont montré une nette diminution du QI pendant les « distractions technologiques » avec un effet moindre sur les femmes : les hommes sont passés de 145.50 à 127 et les femmes de 141.25 à 138.50 soit pour l’ensemble des groupes de 143.38 à 132.75.

Les conditions de tests « perturbées » par les sollicitations liées aux TIC ont provoqué une sensible augmentation de la sensation de stress auto-évaluée : de 2.75 à 5.5 pour les hommes et de 4.75 à 6.75 pour les femmes.

Les indicateurs physiologiques de stress ont montré une augmentation de l’activité des glandes sudoripares (la sueur) mais une fréquence cardiaque et une tension artérielle inchangées.

Des comparaisons ont été faites avec d’autres études sur les effets de la marijuana et de la perte de sommeil, qui montreraient (Source : institut Basex et BBC) que la surabondance des sollicitations technologiques entraînerait des résultats encore plus dégradés que ceux obtenus par des sujets ayant pris de la marijuana (infomania = résultats deux fois inférieurs) ou ayant passé une nuit sans sommeil.

Le Dr Wilson estime cependant « que l’effet de l’infomania est probablement provisoire, tandis que les effets de la perte de sommeil et de la marijuana sur le Q.I. pourraient être plus fondamentaux, voire permanents. »

Les études médicales sur la soumission persistante à des conditions de stress ne tempèrent-elles pas cette appréciation ?

Bouddha multitâche

Bouddha multitâche