Intel, grand pourvoyeur de toujours plus de data toujours plus vite, déclare la guerre à la surabondance d’information !
Dans une étude de cas publiée en fin d’année dernière (« Intel’s War on Information Overload »), l’institut de recherche américain Basex et la société Intel s’inquiètent du coût de l’inflation informationnelle en entreprise.
D’abord, les employés d’Intel traitent beaucoup trop d’emails : entre 50 et 100 emails professionnels par jour. La structure même de ce flux est jugée problématique puisqu’il s’agit d’un flot continu poussé vers le poste de travail et gouverné par l’attente que tout sera lu. Pour les cadres dirigeants, le nombre d’emails quotidien s’élève à 300.
En 2006, un employé d’Intel passait en moyenne 3H par jour à traiter ses emails dont 30% sont jugés tout à fait inutiles (mais la structure en file d’attente oblige en pratique à tout « dépiler »).
A ce tir de barrage informationnel continu des emails s’ajoutent de nombreuses autres sources d’interruptions : messages instantanés, appels téléphoniques, courriers et faxs, collègues, etc. En moyenne, les travailleurs du tertiaire, selon ces travaux, peuvent se concentrer 3 minutes sur une tâche avant d’être interrompus.
En moyenne toujours, un travailleur du tertiaire va réussir à se concentrer 11 minutes sur un projet avant de zapper.
Le temps de remise en route pour retrouver son niveau de concentration est long (jusqu’à 25 minutes) et cette extrême fragmentation de l’attention entraînerait au total une perte de temps sèche d’environ un quart de la journée de travail. Avec tous les dégâts observables : créativité en berne, irritabilité, insatisfaction, sentiment de débordement, projets de fond qui n’avancent pas etc. Le nombre d’heures excédentaire pour pallier à ce « qu’on n’a pas eu le temps de faire » est un leurre dangereux qui ne pallie pas la perte de capacités cognitives.
L’époque étant plutôt financière qu’humaniste, ces précieuses enquêtes tirent la sonnette d’alarme outre-Atlantique : Basex, en extrapolant ces moyennes à l’ensemble des entreprises américaines, estime le manque à gagner à 900 milliards de dollars. Voilà de quoi frapper des esprits économiques. Pour donner un ordre de grandeur, La Maison Blanche prévoit que le déficit américain pour l’ensemble de l’année 2009-2010 atteindra 1.555 milliards de dollars.
Cette prise de conscience faite bouger les lignes et ainsi voit-on des acteurs majeurs des TIC joindre leurs forces pour s’attaquer au problème, suivant en cela l’appel pressant à l’action lancé dès 2007 par un dirigeant d’Intel aux dirigeants de l’industrie, aux universitaires et aux consultants.
Cet appel a été entendu et a donné lieu à la fondation de l’association « Information Overload Research Group » dont le but est de comprendre, de faire connaître et de (tenter de) résoudre le problème de la pollution informationnelle. Parmi les membres, outre Intel, nous remarquons des universités, Microsoft, Xerox, IBM, …
Le coût astronomique de l’infobésité, conjugué à celui qu’on essaie aussi désormais de calculer (et sur lequel nous reviendrons) quant aux effets dévastateurs du stress au travail, participe certainement au changement de perspective actuellement perceptible concernant la place de l’homme dans l’entreprise.


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