Archive pour le ‘Notes’ catégorie

Les patrons trimestriels

11 juin 2010

Nouvel indicateur du temps planétaire imposé par les marchés financiers : la durée moyenne de mandat des patrons a chuté de 25% en dix ans.

Le cabinet Booz&Co vient de publier une compilation de 10 ans d’analyse sur la succession des dirigeants (de 2000 à 2009).

Outre sa durée d’observation, cette étude porte sur 2500 plus grandes entreprises mondiales et 3719 changements de dirigeants. Ces analyses statistiques sont complétées par une douzaine d’entretiens aux Etats-Unis, en Europe, en Amérique du Sud et au Japon.

Une des observations qui émerge de cette enquête est la remarquable convergence mondiale des normes.

“The harmonization of CEO turnover rates suggests that global governance norms are emerging—not by fiat but through practice—across the world and in every industry. The percentages of CEOs who are replaced each year in Europe, as well as in the rest of Asia, have reached levels closer to those in North America and Japan.“

En d’autres termes, le rabot de la planète financière est en action.

Le mandat d’un patron est de plus en plus court et intense. Sa marge de manœuvre et la tolérance au manque de performance de l’entreprise qu’il dirige sont de plus en plus étroites. La pression sur les résultats augmente et le temps admis pour les obtenir est réduit.

Il en résulte un taux de rotation significativement accru sur ces dix dernières années. En moyenne, un patron restait aux commandes 8,1 ans en 2000 contre 6,3 ans aujourd’hui.

La pression des marchés financiers et leur exigence de résultats trimestriels sont principalement avancées pour expliquer cette tendance. « Le délai pour produire des résultats concrets a été divisé par quatre », résume Patrice Naudy, vice-président chez Booz&Co cité par Le Monde du 3 juin.

We are living in Financial Times

France Télécom : l’arbre qui cache la forêt du stress au travail ?

4 juin 2010

Un article paru dans l’Express.fr le 3 juin titre « La Poste victime du syndrome France Telecom ».

Dans notre pays au moins, France Télécom serait-il devenu LA référence en matière de stress au travail ?

L’enquête également publiée le 3 juin par l’Agence Européenne pour la Sécurité et la Santé au Travail (EU-OSHA) permet hélas d’en douter.

Cette enquête est présentée par l’Agence européenne comme la plus grande enquête  jamais menée en Europe (31 pays, 36 000 entretiens téléphoniques), à mi-parcours de la stratégie communautaire 2007-2012 en faveur de la santé et de la sécurité au travail.

La principale conclusion porte sur l’accentuation de la préoccupation concernant les risques psychosociaux tels que le stress, la violence et le harcèlement.

  • 4 dirigeants européens sur 5 se disent préoccupés par le stress lié au travail (79%)
  • Ceci place le stress au travail presqu’au même niveau de préoccupation que les accidents de travail (80%)
  • Le stress au travail est désormais reconnu comme pesant lourdement sur la productivité européenne : de 3% à  4% du produit national brut (PNB) européen.
  • Ce PNB est estimé à 16 180 milliards de dollars (source CIA World Factbook) .
  • Selon ce rapport, le coût du stress au travail en Europe s’élèverait donc à 647 milliards de dollars soit (au cours de l’euro au jour de publication : 1.2034 et sur la base de 4%) à plus de 537 milliards d’euros
  • Pour autant, les actions de préventions semblent tarder à être mises en place et le directeur de l’Agence s’inquiète qu’en moyenne seulement 26% des entreprises aient mis en œuvre des mesures préventives.

Enfin, le rapport prend acte de la profonde évolution de nos environnements de travail et de l’émergence de risques nouveaux (liés aux nouvelles technologies notamment) et il encourage la recherche sur ces nouveaux risques. Le rapport n’est-il pas intitulé « Enquête européenne des entreprises sur les risques nouveaux et émergents » ?

Lien du communiqué de presse :
http://osha.europa.eu/fr/press/press-releases/79-of-european-managers-are-concerned-by-work-related-stress-but-less-than-a-third-of-companies-have-set-procedures-to-deal-with-it-1

Lien du résumé en français :
http://osha.europa.eu/fr/publications/reports/fr_esener1-summary.pdf

Lien du rapport complet (en anglais) :
http://osha.europa.eu/en/publications/reports/esener1_osh_management

Y a-t-il encore un pilote dans l’avion ?

23 mai 2010

Près de 3 semaines après le flash crash qui a effrayé les marchés américains, les autorités de régulation cherchent toujours à en comprendre les raisons.

Le rapport de 151 pages publié le 18 mai par la SEC et la CFTC est ainsi résumé en page 5 :

“We have found no evidence that these events were triggered by ‘fat finger’ errors, computer hacking or terrorist activity, although we cannot completely rule out these possibilities.”

Ceci dit, les marchés électroniques ou l’algo-trading sont fortement suspectés d’avoir au moins pris une part importante sinon déterminante dans cet effondrement aussi spectaculaire qu’incompris.

Des traders cités par le Financial Times avancent l’hypothèse selon laquelle l’étincelle qui aurait mis le feu aux poudres serait une combinaison d’évènements avec une vague de ventes s’intensifiant au fur et à mesure de la chute des cours, la crise étant a minima aggravée par les programmes informatiques d’échanges informatisés qui passent de grandes quantités d’ordre en quelques micro-secondes.

Toujours selon cette hypothèse, le flash crash s’est arrêté quand d’autres programmes informatiques ont commencé à acheter des actions faisant ainsi remonter les cours.

Bref, une situation totalement hors de contrôle humain. On en regretterait presque le pilotage par la cupidité.

D’où la proposition de la SEC, à titre expérimental jusqu’au 10 décembre, de mettre en place des « coupe-circuits » destinés à ouvrir des possibilités de reprise de contrôle humain en cas de nouvel emballement incontrôlé.

Ainsi, le commerce des actions S&P 500 sera interrompu pendant 5 minutes si leur prix augmente ou diminue de 10% sur une période de 5 minutes.

Autrement dit, on stoppe les machines pendant 5 minutes quand les cours s’emballent sans que l’homme comprenne pourquoi. La SEC a inventé la mini-RTT-réflexion.

De quoi s’interroger sur le degré de contrôle humain désormais exercé sur des marchés financiers informatisés qui, sur un temps de l’ordre de la microseconde, peuvent entraîner des effets sociaux dévastateurs bien réels dont la répercussion sera d’une toute autre durée.

Quelques milliards évaporés en quelques minutes sans aucune explication : voici le Mystère de la Chambre Jaune radicalement modernisé…

L’enquête se poursuit…

Flash Crash : mystère à Wall Street

8 mai 2010

…ou quand les TIC stressent Wall Street…

Jeudi, Wall Street a soudainement plongé sans aucune raison apparente. 1 milliard de dollars a été englouti, provoquant la panique du marché et faisant titrer au Wall Street Journal : « The Stock Market’s Flash Crash: How to Destroy $1 Billion in 60 Minutes »

Le journal Libération a relayé cette information captivante sur un phénomène inédit dans l’histoire de la finance en raison de sa rapidité et de l’incompréhension qui l’entoure. Cela méritait une nouvelle appellation : le « Flash Crash » qui était jusqu’ici le nom d’une grenade d’exercice militaire.

Ce phénomène fait écho à des inquiétudes persistantes à propos des Dark Pools, ces salles de marché totalement informatisées et dont les ordinateurs sont capables de passer de grande quantité d’ordres à la (milli)seconde sans intervention humaine.

Il est trop tôt pour tirer une quelconque conclusion de ce qui s’est passé puisqu’on ne sait pas ce qui s’est passé, hormis le fait que le marché s’est brusquement effondré et qu’il reste extrêmement nerveux, obligeant la Maison Blanche à intervenir pour tenter de rassurer. Selon Evan Newmark sur le site du Wall Street Journal, une erreur de courtier aurait provoqué l’emballement des algorithmes des ordinateurs de négociation à haute fréquence. “We’ll have to wait for a full autopsy of today’s trading day. But it’s a safe bet that after the trader’s initial error, high-frequency trading computers remorselessly running their algorithms took over.”

Dès hier la SEC (Securities and Exchange Commission) a déclenché une enquête et publié un communiqué, pressée notamment par le sénateur du Delaware Ted Kaufman, d’enquêter sur le « trading algorithmique ».

Le sénateur Kanjorski ajoute : “Nous ne pouvons pas permettre à une erreur technique d’effrayer les marchés et semer la panique. »

Le professeur de finance James Angel (Georgetown University) livre une piste prometteuse au New York Times : « Nous avons un marché qui réagit en millisecondes, mais les humains qui le contrôlent mettent, eux, plusieurs minutes à réagir et, malheureusement, des milliards de dollars de dommages peuvent être causés pendant ce laps de temps ».

Remettre le contrôle humain au centre du système ? Calmer le jeu ? A suivre…

Flash Crash

Mystère à Wall Street

Eloge de l’esprit vagabond

15 avril 2010

On considère l’esprit au repos comme improductif. « Arrête de rêvasser ! »

La tendance actuellement dominante consiste à combler les « trous ». L’impatience est socialement très contagieuse et attendre un transport en commun plus de 5 minutes devient intolérable. Le passage d’une succession frénétique de sollicitations à un trou d’air temporel de type « le bus n’arrive toujours pas » peut même devenir anxiogène.

« Information technology helps to fill the gaps » dit Thomas Eriksen dans son excellent livre sur la tyrannie du moment. En effet, tous les moments « creux » peuvent désormais être comblés notamment avec les smarphones qui offrent une multitude de possibilités communicantes ou non mais toujours présentes dans la poche : nous allons avoir tendance à combler ce trou temporel en téléphonant, en relevant les emails, en postant un tweet, en consultant son mur Facebook, quelques infos de presse, en lançant un jeu, en envoyant un SMS, … Les possibilités de combler les « vides » avec des bouts d’activités rapidement commutables sont infinies (bientôt 200 000 applications dans l’Apple Store).

Afin de mieux exploiter des fractions de temps disponibles, Apple crée d’ailleurs sa régie publicitaire iAd. « Le pari d’Apple, c’est que les utilisateurs de l’iPhone passent de plus en plus de temps à consulter des applications, qu’il y a une vraie audience sur certaines d’entre elles qui peuvent être du coup exploitées par des annonceurs », selon Cédric Foray, directeur associé du cabinet Greenwich Consulting cité dans Le Monde du 10 avril. « Les annonceurs pourraient aussi être intéressés par le potentiel, énorme, des annonces géolocalisables ». Géolocalisables, autrement dit une attention captable dans la rue, en déplacement, partout, tout le temps.

La principale ressource rare pour les fournisseurs de n’importe quelle marchandise dans la société de l’information c’est l’attention des autres.

Ce même phénomène de temps haché où le bombardement électronique continu vient combler les moindres bulles d’oxygène dans l’emploi du temps du salarié mérite d’être considéré comme un puissant facteur de stress au travail.

Quand le temps est fractionné en petits morceaux, il peut finalement cesser d’exister. Est-ce là une des causes (non exlusive) du débordement chronique des travailleurs du tertiaire et plus globalement de l’homme moderne qui se plaint constamment de manquer de temps ?

Une équipe de chercheurs en sciences neuronales et en psychologie de l’université de New-York vient de publier une étude sur les vertus de la rêverie. Plus scientifiquement formulé, l’étude est intitulée : « Enhanced Brain Correlations during Rest Are Related to Memory for Recent Experiences ». Pourquoi est-il si difficile de se souvenir des choses que nous ne voulons pas oublier ? C’est peut-être, prétendent aujourd’hui de nombreux chercheurs, que nous y pensons trop !

En soumettant des volontaires à des tests puis en analysant leurs activités cérébrales par imagerie à résonance magnétique fonctionnelle, l’équipe du laboratoire de Lila Davachi démontre que certaines activités du cerveau augmentent durant un repos éveillé et sont corrélées à une meilleure mémorisation.

Les 16 « cobayes » ont d’abord été scannés au repos avant le début de l’expérience. Ensuite, allongé en dehors du scanner, chacun devait regarder une série de paires d’images. D’abord des paires formées de visages et d’objets puis en imaginant l’image du visage en interaction avec l’objet. Ils prenaient ensuite quelques minutes de repos avant un nouveau scanner. L’expérience était répétée avec de nouvelles paires de visages et de scènes. Un peu plus tard, ils devaient remplir un petit quizz pour mesurer leur reconnaissance des visages, des objets et des scènes.

« Se reposer peut effectivement contribuer à votre succès au travail ou à l’école», conclut la Professeure du département de psychologie de l’université de New-York pour le Time.

Cette étude en recoupe d’autres et notamment celle de l’Université de Colombie-Britannique au Canada citée par Science et Avenir sous le titre « Rêvasser, c’est bon pour le cerveau » ou encore des travaux menés par le neurologiste Maurizio Corbetta (Université Washington de St. Louis) et Dale Stevens à Harvard (cités par le Time).

Alors, le prochain temps lent, on le déguste ?

Les traders sont-ils des bogues ?

5 avril 2010

Les travailleurs du tertiaire les plus rapides de la planète sont-ils menacés d’extinction ? Combien de temps encore, ceux qui brassent des budgets étatiques en quelques clics de souris, les yeux rivés sur leurs terminaux Bloomberg, pourront-ils rivalisés avec les micro-processeurs ?

Le gendarme financier européen, The Committee of European Securities Regulators (CESR), emboîte le pas de la « Securities and Exchange Commission » américaine, en lançant auprès des professionnels une enquête sur le « High Frequency Trading ». L’enquête est ouverte jusqu’au 30 avril.

Cette pratique en pleine ascension inquiète en effet les instances de régulation Le « HFT » est basé sur des algorithmes capables de passer d’énormes quantités d’ordres en millisecondes, profitant d’écarts faibles : les machines parlent aux machines, directement, dans des temps et des proportions qui sont les leurs. Les ruisseaux faisant les grands fleuves, ce seraient ainsi 21 milliards de dollars de marge qui auraient été générées l’an dernier aux Etats-Unis.

Afin d’accroître encore la vitesse des opérations de vente et d’achat, les opérateurs de HFT implantent leurs serveurs le plus près possible des serveurs de la plateforme boursière. La traque aux nanosecondes est engagée. Ainsi les équipements informatiques de Nyse Euronext ont-ils été déménagés de Paris à Londres et des débats auraient lieu pour les rapprocher ensuite de la banlieue londonienne vers le centre.

Cette pratique aurait été favorisée en Europe par la directive de 2007 qui a mis fin au monopole des Bourses traditionnelles, et selon un article du Figaro qui cite la firme de conseil Aite Group, le High Frequency Trading réaliserait aujourd’hui 25% des transactions sur actions en Europe, pour atteindre 30% d’ici à la fin de l’année et 45% en 2012.

On comprend au vu de cette expansion que la course à l’armement technologique soit engagée, qu’il s’agisse des serveurs, de leurs lieux d’implantation et des algorithmes utilisés. La société de « Dark Pool » BATS base son argumentaire sur le fait que ses équipements sont capables de passer des ordres en 270 microsecondes en moyenne, soit « 1000 fois plus vite qu’un clignement d’œil ».

Là où le CESR et la SEC craignent notamment une rupture d’équité dans l’accès aux marchés, BATS, entre autres opérateurs, fournit un argumentaire de riposte et appelle à la mobilisation. Mais ceci est une autre histoire…

Cette question se rapporte en revanche de bien des façons à notre thème : les traders deviennent-ils des bogues beaucoup trop lents entre deux ordinateurs ?

Le High Frequency Trading va-t-il remplacer les traders ?

Une image du passé ?

Infomania et stress au travail

28 mars 2010

Nous sommes tombés par hasard sur une petite étude réalisée par le Dr Glenn Wilson en 2005 pour accompagner, à la demande d’HP, une enquête plus large sur les effets indésirables de l’infomania chez les travailleurs anglais.

Cette étude semble difficile à trouver mais fait l’objet d’une courte note sur le site du Dr Wilson.

Ce travail aborde sous un angle complémentaire le même thème que celui évoqué dans l’article « Multitaskers are bad at multitasking« .

Le Dr Wilson a soumis 2 fois des groupes de 4 hommes et de 4 femmes à des tests de QI : une fois dans des conditions paisibles et une fois dans des conditions de distraction (sonneries de téléphones mobiles et arrivée d’emails). Pendant les tests, des mesures telles que la sueur, la fréquence cardiaque et la tension artérielle ont été effectuées et les « cobayes » ont auto-estimé leur stress.

Les résultats ont montré une nette diminution du QI pendant les « distractions technologiques » avec un effet moindre sur les femmes : les hommes sont passés de 145.50 à 127 et les femmes de 141.25 à 138.50 soit pour l’ensemble des groupes de 143.38 à 132.75.

Les conditions de tests « perturbées » par les sollicitations liées aux TIC ont provoqué une sensible augmentation de la sensation de stress auto-évaluée : de 2.75 à 5.5 pour les hommes et de 4.75 à 6.75 pour les femmes.

Les indicateurs physiologiques de stress ont montré une augmentation de l’activité des glandes sudoripares (la sueur) mais une fréquence cardiaque et une tension artérielle inchangées.

Des comparaisons ont été faites avec d’autres études sur les effets de la marijuana et de la perte de sommeil, qui montreraient (Source : institut Basex et BBC) que la surabondance des sollicitations technologiques entraînerait des résultats encore plus dégradés que ceux obtenus par des sujets ayant pris de la marijuana (infomania = résultats deux fois inférieurs) ou ayant passé une nuit sans sommeil.

Le Dr Wilson estime cependant « que l’effet de l’infomania est probablement provisoire, tandis que les effets de la perte de sommeil et de la marijuana sur le Q.I. pourraient être plus fondamentaux, voire permanents. »

Les études médicales sur la soumission persistante à des conditions de stress ne tempèrent-elles pas cette appréciation ?

Bouddha multitâche

Bouddha multitâche

Confusion des sphères professionnelle et privée

22 mars 2010

France Télécom a annoncé le 8 mars dans un communiqué de presse avoir signé le 5 mars deux accords groupe dans le cadre des négociations sur le stress.

Ces accords sont annoncés le jour où le cabinet mandaté par l’entreprise a remis son rapport intermédiaire comprenant 107 préconisations. Ce rapport, bien que non officiellement publié est cependant très diffusé (voir notamment les sites Internet de France-Info, du Figaro ainsi que sur celui de  « l’observatoire du stress et des mobilités forcées à France Télécom » édité par une association 1901 fondée par plusieurs organisations syndicales et « interdit sur l’intranet de France Télécom »)

Le 1er accord, signé avec la CFE-CGC, la CFTC et la CGT, qualifié de fort par FT, se nomme « équilibre vie privée / vie professionnelle » et pose un certain de principes :

•  Les managers disposeront des marges d’autonomie permettant  de prendre en compte les situations personnelles des salariés pour aménager leurs horaires.

•  Les réunions devront, autant que possible, se dérouler dans la plage horaire 8h-18h. L’usage de la messagerie en soirée ou le week-end est déconseillé afin de ne pas perturber la vie personnelle.

•  Deux expérimentations sont engagées sur des plateaux de centre d’appels pour adapter les horaires aux demandes individuelles en respectant les horaires d’ouverture.

•  Tout sera mis en œuvre pour répondre favorablement aux demandes de temps partiel des salariés.

•  France Télécom participera au financement, dans un premier temps, de deux crèches inter-entreprises à Bordeaux et Lyon.

•  Les salariés participant à un dispositif d’aide humanitaire bénéficieront des mêmes droits que les salariés en congé parental.

Il est assez remarquable qu’une entreprise de télécommunications, en but à des drames à répétition liés au stress au travail, soulève dès le 1er train de mesures la question de la confusion croissante des sphères professionnelle et privée (le Work-Life balance anglo-saxon) et cherche à poser des limites à ce que permettent voire induisent les périphériques TIC toujours connectés qu’elle commercialise.

Il est tout aussi remarquable qu’un moyen technique tel que l’email (puisque nous supposons que c’est de cette messagerie dont il est question ici), par définition asynchrone, soit traité comme s’il était synchrone. Si je reçois des emails la nuit, le week-end ou pendant mes congés, qu’est-ce qui m’oblige à les traiter comme s’il s’agissait de visites « en personne » ou d’appels téléphoniques (la sonnerie constitue un appel plutôt impérieux au traitement immédiat) ?

Ceci témoigne d’une contagion du temps réel et de la connexion permanente qui nous font considérer l’email comme impérieux et immédiatement traitable. On le constate souvent : l’émetteur considère que le message émis sera lu et traité dans un délai très bref voire immédiatement. En témoignent les relances téléphoniques qui peuvent suivre de peu l’envoi d’un email afin d’en vérifier la réception et le traitement si celui-ci n’a pas été effectué suffisamment vite.

Une interruption pour l’interrompu n’est pourtant pas nécessairement une interruption pour l’interrupteur. Autrement dit, je peux envoyer des emails utiles lors d’un traitement ininterrompu, c’est pratique pour moi car mon traitement sera complet, sans pour autant attendre que mon correspondant, qui a bien le droit d’être absorbé par d’autres tâches (dans d’autres « sphères ») soit obligé de s’interrompre pour répondre immédiatement à ma sollicitation.

Les choses se compliquent bien sûr en pratique en fonction notamment des relations d’autorité ou du contexte commercial. Elles se compliquent aussi en raison de l’abondance des emails et de l’engorgement des files d’attente lors de la reconnexion qui constitue une part de la pression à la connexion permanente.

Nathan Zeldes, « IT Principal Engineer » chez Intel et très actif sur la question de la surcharge informationnelle, prétend pour sa part qu’il est temps de remettre l’email à sa vraie place dans l’entreprise : une méthode de communication asynchrone incroyablement utile.

Ne faudrait-il pas aussi parvenir à en décroître drastiquement le nombre ?

Stress au travail et infobésité : l’arroseur arrosé

14 mars 2010

Intel, grand pourvoyeur de toujours plus de data toujours plus vite, déclare la guerre à la surabondance d’information !

Dans une étude de cas publiée en fin d’année dernière (« Intel’s War on Information Overload »), l’institut de recherche américain Basex et la société Intel s’inquiètent du coût de l’inflation informationnelle en entreprise.

D’abord, les employés d’Intel traitent beaucoup trop d’emails : entre 50 et 100 emails professionnels par jour. La structure même de ce flux est jugée problématique puisqu’il s’agit d’un flot continu poussé vers le poste de travail et gouverné par l’attente que tout sera lu. Pour les cadres dirigeants, le nombre d’emails quotidien s’élève à 300.

En 2006, un employé d’Intel passait en moyenne 3H par jour à traiter ses emails dont 30% sont jugés tout à fait inutiles (mais la structure en file d’attente oblige en pratique à tout « dépiler »).

A ce tir de barrage informationnel continu des emails s’ajoutent de nombreuses autres sources d’interruptions : messages instantanés, appels téléphoniques, courriers et faxs, collègues, etc. En moyenne, les travailleurs du tertiaire, selon ces travaux, peuvent se concentrer 3 minutes sur une tâche avant d’être interrompus.

En moyenne toujours, un travailleur du tertiaire va réussir à se concentrer 11 minutes sur un projet avant de zapper.

Le temps de remise en route pour retrouver son niveau de concentration est long (jusqu’à 25 minutes) et cette extrême fragmentation de l’attention entraînerait au total une perte de temps sèche d’environ un quart de la journée de travail. Avec tous les dégâts observables : créativité en berne, irritabilité, insatisfaction, sentiment de débordement, projets de fond qui n’avancent pas etc. Le nombre d’heures excédentaire pour pallier à ce « qu’on n’a pas eu le temps de faire » est un leurre dangereux qui ne pallie pas la perte de capacités cognitives.

L’époque étant plutôt financière qu’humaniste, ces précieuses enquêtes tirent la sonnette d’alarme outre-Atlantique : Basex, en extrapolant ces moyennes à l’ensemble des entreprises américaines, estime le manque à gagner à 900 milliards de dollars. Voilà de quoi frapper des esprits économiques. Pour donner un ordre de grandeur, La Maison Blanche prévoit que le déficit américain pour l’ensemble de l’année 2009-2010 atteindra 1.555 milliards de dollars.

Cette prise de conscience faite bouger les lignes et ainsi voit-on des acteurs majeurs des TIC joindre leurs forces pour s’attaquer au problème, suivant en cela l’appel pressant à l’action lancé dès 2007 par un dirigeant d’Intel aux dirigeants de l’industrie, aux universitaires et aux consultants.

Cet appel a été entendu et a donné lieu à la fondation de l’association « Information Overload Research Group » dont le but est de comprendre, de faire connaître et de (tenter de) résoudre le problème de la pollution informationnelle. Parmi les membres, outre Intel, nous remarquons des universités, Microsoft, Xerox, IBM,

Le coût astronomique de l’infobésité, conjugué à celui qu’on essaie aussi désormais de calculer (et sur lequel nous reviendrons) quant aux effets dévastateurs du stress au travail, participe certainement au changement de perspective actuellement perceptible concernant la place de l’homme dans l’entreprise.

Déluge informationnel

La réduction du temps de travail, un paradoxe supplémentaire

5 mars 2010

L’INSEE a publié une analyse sur la réduction du temps de travail depuis 60 ans dans le monde.

Au regard de notre recherche, il s’agit d’un renforcement du paradoxe entre une flambée du stress au travail (ou de sa moindre tolérance sociale) et d’éléments dont on pourrait attendre un mieux vivre.

En effet, comment concilier ce mal être au travail qui paraît se généraliser et s’approfondir, avec une tertiarisation massive depuis l’après guerre (et donc un travail physiquement moins fatigant) et une mécanisation informatique généralisée ?

Pour paraphraser Aristote, toutes les conditions semblent réunies pour rejoindre l’assemblée des Dieux : on se tue moins à la tâche, de nombreuses machines travaillent pour nous et on passe nettement moins de temps à besogner.

Et l’INSEE ajoute : on travaille beaucoup moins. En effet La réduction du temps de travail dans les pays ayant un PIB par habitant parmi les plus élevés est nette.

Comment alors expliquer la croissance du mal être au travail (pour ne parler que de ceux qui en ont un).

Le rapport de l’INSEE retient plusieurs mouvements qui se succèdent depuis 60 ans pour expliquer cette décroissance d’environ 25% sur un panel de 10 pays. La salarisation des économies (de 65% en 1950 à plus de 91% en 2006), la diminution de la durée hebdomadaire collective et l’augmentation du nombre de jours de congés, le développement du travail à temps partiel.

Le déclin du non salariat jusqu’au milieu des années 60 entraînerait mécaniquement une baisse modérée des temps de travail, les non salariés ayant généralement un temps de travail supérieur aux salariés.

La forte augmentation de productivité de la fin des années soixante et des années soixante dix aurait accentué la tendance.

La lutte contre le chômage après le premier choc pétrolier passe par la baisse de la durée collective et la hausse du temps partiel.

Les gains de productivité permis par l’informatisation d’un secteur tertiaire qui est passé en France de 1949 à aujourd’hui de 37% à 80%, ne sont qu’effleurés. La participation probable des TIC à cette réduction continue du temps de travail (productivité accrue, automatisations multiples, compression temporelle, parcellisation mondialisée des services, etc.) échappe de ce fait à une enquête au demeurant très intéressante.

http://www.insee.fr/fr/themes/document.asp?id=2751&reg_id=98