Archive pour le ‘Notes’ catégorie

Bien-être et efficacité au travail

26 février 2010

Il semble que le rapport intitulé « Bien-être et efficacité au travail – 10 propositions pour améliorer la santé psychologique au travail –   » remis au premier ministre le 17 février ait été quelque peu éclipsé par la désormais fantomatique « Liste rouge ».

Pourtant, ce rapport commandé en novembre 2009 à Henri Lachmann (Président du conseil de surveillance de Schneider Electric), Christian Larose (CGT, vice-président du conseil économique, social et environnemental) et Muriel Pénicaud (DGRH Danone) mérite l’attention.

Les 10 propositions formulées par les rapporteurs devraient avoir été débattus ce 24 février par les partenaires sociaux réunis au sein du conseil d’orientation des conditions de travail et participeraient au deuxième plan « santé au travail » dont le lien sur le site ministériel est hélas défectueux.

Au-delà du traditionnel catalogue de bonnes intentions inhérent à ce type d’exercice, ce rapport nous semble intéressant à plusieurs titres :

  • Trois personnalités d’horizon et de sensibilités différentes s’accordent pour relier le bien-être et la productivité.
  • Des critères sociaux pourraient être intégrés dans le calcul de la part de rémunération variable des cadres et dirigeants.
  • La modération globalement apportée par les rapporteurs au tout à l’égo très dominant ces dernières années
  • Le refus de la médicalisation des pathologies générées par les conditions de travail et la responsabilisation du management à cet égard
  • L’émergence d’une prise de conscience (enfin ?) de l’influence des TIC sur le stress au travail : « l’utilisation parfois à mauvais escient des nouvelles technologies, qui « cannibalise » les relations humaines : elle fragilise la frontière entre vie privée et vie professionnelle, dépersonnalise la relation de travail au profit d’échanges virtuels et accélère le rapport au temps de travail – introduisant une confusion entre ce qui est urgent et ce qui est important. »
  • Une mise en cause de « l’intériorisation par le management de la financiarisation accrue de l’économie. Elle fait de la performance financière la seule échelle  de valeur dans les comportements managériaux et dans la mesure de la performance, sans prise en compte suffisante de la performance sociale »
  • La mise en place d’études d’impact humain préalables aux changements
  • La prise en compte des conséquences sociales imposées à la sous-traitance

Mentionnons enfin, en annexe 2, une contribution commandée à Capgemini sur l’impact des NTIC sur les relations et les organisations du travail. Si on peut regretter le caractère superficiel de ce document et la méconnaissance par les auteurs des recherches existantes, au moins le sujet est-il abordé.

La tonalité générale du rapport, semble-t-il bien reçu par ce gouvernement, ne traduit-elle pas une évolution de valeurs sociales en soi remarquable ? Dès lors, les péripéties de la « liste rouge » ne focalisent-elles pas notre attention sur un épiphénomène ?

Vous avez dit stress au travail ?

7 février 2010

Oui, mais de quoi parle-t-on ?

Appelons au secours l’irremplaçable « Dictionnaire historique de la langue française ».

Nous y apprenons que le nom masculin stress est d’origine anglaise (XIVe s.) et signifiait « épreuve, affliction ». Stress est issu par aphérèse (élimination d’un ou de plusieurs phonèmes au début d’un mot) de distress « affliction ». Distress est emprunté à l’ancien français destrece (détresse) ou estrece (étroitesse, oppression), lui-même dérivé du verbe estrecier/estressier plongeant ses racines dans le latin classique stringere, strictum (étroit, strict), « serrer/resserrer » (étreindre).

Le stress est employé en 1936 par l’endocrinologiste canadien Hans Selye. Dans The stress of life, publié en 1956, il popularise le nom et définit le stress comme une réaction adaptative des organismes vivants face aux agressions.

Sa théorie du syndrome général d’adaptation modélise une évolution suivant trois stades successifs :

« 1) La réaction d’alarme pendant laquelle les forces de défense sont mobilisées ; 2) Le stade de résistance qui reflète la complète adaptation à l’agent stressant ; 3) Le stade d’épuisement qui suit inexorablement pourvu que l’agent stressant soit assez puissant et agisse assez longtemps, le pouvoir d’adaptation d’un être vivant étant toujours limité. » (Hans Selye, Du rêve à la découverte, Éditions de La Presse, 1973, pp. 66-68)

Dans une interview publiée par Le Monde du 23 janvier 2010, à la question « Existe-t-il un bon et un mauvais stress », le professeur de neurosciences Michel Le Moal répond : « Bien sûr. Le stress, c’est la vie, le moteur de nos pensées et de nos actions. […] Mais si les stresseurs perdurent ou sont trop violents, ils peuvent occasionner des menaces ingérables […] » qui peuvent conduire un individu à « entrer dans un stress chronique avec des transformations biologiques durables. »

L’Agence européenne pour la sécurité et la santé au travail définit l’état de stress au travail comme un « déséquilibre entre la perception qu’une personne a des contraintes que lui impose son environnement et la perception qu’elle a de ses propres ressources pour y faire face. Bien que le processus d’évaluation des contraintes et des ressources soit d’ordre psychologique, les effets du stress ne sont pas, eux, uniquement de même nature. Ils affectent également la santé physique, le bien-être et la productivité ».

Il est bien sûr impossible de dire si nous sommes plus ou moins stressés que nos ancêtres. Nous le sommes certainement très différemment. Le professeur Le Moal estime « probable que les rapports des individus à la société aient changé. Ils sont plus conflictuels, source d’humiliation, d’échecs, d’exclusions. Le citoyen actuel – qui a gagné en autonomie – a perdu les supports familiaux, sociaux, affectifs et religieux qui l’aidaient à amortir son stress. Seul face aux évènements, son corps va lui révéler son malaise. »

Selon le professeur Le Moal, la communauté scientifique s’accorde de plus en plus autour du paradigme émergeant de « pathologies sociales chroniques » qui définit mieux le stress pathogène et tous les processus délétères qui l’accompagnent.

« Pathologies sociales chroniques » c’est moins concis que stress mais n’est-ce pas plus explicite pour caractériser cette pandémie sociale rampante qu’il apparaît nécessaire d’œuvrer à prévenir ?

Dark data ou le babillage des machines

31 janvier 2010

Nous avons récemment parlé de l’étude de l’Université de Californie « How much information ».

Les chercheurs se sont interrogés sur l’écart entre les flux de datas et d’informations échangés, leur croissance exponentielle et l’augmentation par comparaison  modérée de leur consommation humaine.

Cette interrogation les a conduits à nommer un nouveau type de données et d’informations sans antécédent historique, de plus en plus massivement échangé entre les machines : les « dark datas ».

L’université de Berkeley a mis au point un tableau permettant de mieux apprécier les capacités électroniques contemporaines :

How Big is an Exabyte?
Kilobyte (KB) 1,000 bytes OR 103bytes
2 Kilobytes: A Typewritten page.
100 Kilobytes: A low-resolution photograph.
Megabyte (MB) 1,000,000 bytes OR 106 bytes
1 Megabyte: A small novel OR a 3.5 inch floppy disk.
2 Megabytes: A high-resolution photograph.
5 Megabytes: The complete works of Shakespeare.
10 Megabytes: A minute of high-fidelity sound.
100 Megabytes: 1 meter of shelved books.
500 Megabytes: A CD-ROM.
Gigabyte (GB) 1,000,000,000 bytes OR 109 bytes
1 Gigabyte: a pickup truck filled with books.
20 Gigabytes: A good collection of the works of Beethoven.
100 Gigabytes: A library floor of academic journals.
Terabyte (TB) 1,000,000,000,000 bytes OR 1012 bytes
1 Terabyte: 50000 trees made into paper and printed.
2 Terabytes: An academic research library.
10 Terabytes: The print collections of the U.S. Library of Congress.
400 Terabytes: National Climactic Data Center (NOAA) database.
Petabyte (PB) 1,000,000,000,000,000 bytes OR 1015 bytes
1 Petabyte: 3 years of EOS data (2001).
2 Petabytes: All U.S. academic research libraries.
20 Petabytes: Production of hard-disk drives in 1995.
200 Petabytes: All printed material.
Exabyte (EB) 1,000,000,000,000,000,000 bytes OR 1018 bytes
2 Exabytes: Total volume of information generated in 1999.
5 Exabytes: All words ever spoken by human beings.

Il est intéressant de mettre en regard de ces capacités de stockage des données, les capacités de traitement. A titre d’exemple, un processeur Intel Core i7 Extreme 965EE qui équipe de nombreux micro-ordinateurs est capable de traiter 76383 millions d’instructions par seconde (à 3.2 GHz c’est-à-dire une fréquence d’horloge de 3,2 milliards de cycles par seconde)

Proposition d’actualisation des traditionnels problèmes de baignoires qui se vident ou de trains qui se croisent : combien de millisecondes mettra votre micro-ordinateur pour passer en revue les 10 Terabytes de la plus grosse bibliothèque mondiale, celle du congrès américain ?

Quand l’électronique était coûteuse, les appareils étaient réservés à des activités à haute valeur ajoutée. Aujourd’hui un million de transistors coûte moins d’un centime de dollar et on assiste finalement à une dissociation marquée entre les données et nous.

On peut illustrer ce phénomène avec un exemple simple : une voiture embarque plus de 100 microcontrôleurs et plusieurs centaines de capteurs qui actualisent des données plus de 1000 fois par seconde (notamment les capteurs chargés de déclencher les airbags). L’électronique et les logiciels interviendraient d’ailleurs pour environ un tiers du prix de nos véhicules.

Le rapport HMI 2009 conclut sur ce point : « The phenomenon of dark data permeates modern digital technology ».

Nous pouvons prolonger la réflexion avec Vinton CERF, un des « pères » d’Internet, actuellement Vice President and Chief Internet Evangelist [sic] de Google, interrogé en 2008 par Le Monde sur l’Internet du futur :

« Dans le passé, les premiers systèmes d’échanges d’informations entre les entreprises n’ont pas bien fonctionné par manque de standardisation : c’est justement ce qu’apporte le Web 2.0. Et cette avancée arrive au bon moment. Aux Etats-Unis, les gros investissements réalisés lors du passage à l’an 2000 ont permis d’automatiser l’activité interne des sociétés. Reste à effectuer l’étape suivante : l’automatisation des échanges entre les entreprises. Et quel meilleur outil pour le faire qu’Internet ?  […]
- Ce que vous décrivez ne s’inscrit-il pas déjà dans le Web 3.0, l’Internet des objets ?
- Tout à fait. De façon générale, l’Internet des objets permettra de déléguer la gestion des objets à des tiers. Il sera ainsi possible d’adresser à des sites de services des demandes telles que : « Enregistrer tel film », sans avoir à se plonger dans la liste des chaînes ni dans les programmes de diffusion. Les machines s’en chargeront. Elles communiqueront entre elles pour déterminer le prochain passage de ce film et l’enregistrer pour nous. Des milliards d’objets seront ainsi dotés de capacités de communication entre eux. Ce qui permettra de masquer la complexité des technologies à l’œuvre. Tout se passera dans les coulisses. »

Nous observons mal ce que nous vivons. Pourtant, une simple inscription sur le site grand public Daily Motion n’illustre-t-il pas le propos puisque, dans le babillage croissant des machines, il nous appartient déjà de prouver notre qualité humaine ?

Prouvez que vous êtes humain

To multitask or not to multitask ?

15 janvier 2010

On entend souvent parler de ces générations nées avec Internet et le numérique : les « Digital Natives ». Ces générations manifesteraient une aisance particulière pour manipuler les multiples appareils électroniques et, de façon implicite, auraient aussi développé une capacité cognitive leur permettant de mener plusieurs tâches de front.

Par exemple, il leur serait possible de basculer sur deux écrans d’ordinateur entre de multiples applications informatiques tout en répondant au téléphone, à un email, en envoyant un SMS, en suivant un « chat » ou un fil Twitter.

Cette idée et cette mode du multitâche se trouvent probablement renforcées voire initiées par le multitâche préemptif démocratisé par les systèmes d’exploitation des ordinateurs personnels à partir du milieu des années 90 (Mac OS et Windows 95 par exemple). L’hypertext Markup Language apporte aussi sa probable pierre à l’édifice en invitant l’utilisateur à rebondir de liens en liens (en dérivant parfois substantiellement de la recherche initiale) et quoi de plus normal, dès lors, de pouvoir ouvrir ses navigations dans de multiples fenêtres ou onglets ?

La sphère financière culturellement dominante (réactions en temps réel à partir de multiples paramètres, pour faire court, ce qu’on pourrait qualifier de « rythme trader ») et ses célèbres terminaux Bloomberg se répand sur les postes de travail du travailleur tertiaire lambda, fréquemment équipés aujourd’hui de deux écrans affichant de nombreuses fenêtres.

Pourtant une étude de l’université de Stanford intitulée «Cognitive control in media multitaskers », et reprise par la National Academy of Sciences, écorne quelques préjugés ambiants.

Les chercheurs ont constitué deux groupes. Le 1er composé de gros consommateurs multimédia zappant fréquemment entre de nombreuses tâches (les « high multitaskers ») et le 2ème composé à l’inverse (les « low multitaskers »).

Chacun des groupes a été soumis à trois types de tests cognitifs classiques :

  • la capacité à ignorer des informations non pertinentes
  • l’organisation de la mémoire de travail ou mémoire de traitement et de maintien des informations à court terme dont la capacité est limité (empan mnésique de 7 +/- 2 cf. travaux de Miller « The Magical Number Seven, Plus or Minus Two » 1956)
  • la commutation de tâches

Dans tous les tests, le groupe des « high multitaskers » a moins bien réussi que le groupe des « low multitaskers » ce qui fait dire au professeur Nass « The shocking discovery of this research is that [high multitaskers] are lousy at everything that’s necessary for multitasking ».

Ces recherches étonnantes –qui se poursuivent– prennent évidemment un relief particulier dans des sociétés de l’information où les flux s’accroissent constamment en volume comme en vitesse et où les périphériques de réception sont toujours plus capables de les rendre simultanément accessibles.

Ces évolutions technologiques sont trop rarement aujourd’hui associées à nos capacités cognitives réelles de façon à en tirer des règles d’hygiène de vie.

Avec l’aide de telles études et comme en témoigne le tableau blanc de cette grosse entreprise, cette soumission irréfléchie aux TIC n’est-elle pas révolue ?

Tableau blanc d'entreprise

Les 100 000 mots quotidiens

3 janvier 2010

Bravo aux chercheurs de l’Université de Californie pour leur courage et leur patience !

Ils se sont en effet attaqués à la quantification des informations consommées chaque jour par un américain en dehors de son travail (d’autres études sont prévues sur la consommation d’information dans les entreprises).

Cette étude baptisée « How much information 2009 » est disponible sur Internet.

Les mesures effectuées portent sur la consommation en heures (INFOh), en « compressed bytes » (INFOc) et en mots (INFOw).

Une mise en perspective est effectuée avec d’autres études plus anciennes et notamment celle publiée par Ithiel de Sola Pool en 1984 (Communication Flows: A Census of Japan and the US).

Quelques points saillants :

  • Alors que la loi de Moore décrit une augmentation annuelle de la capacité des microprocesseurs à traiter l’information de 30%, la consommation d’information est de « seulement » 5,4% par an
  • La consommation d’heures d’information privée a augmenté de 1,7% par an de 1980 à 2008, passant de 7,4 heures/jour à 11,8 heures/jour en moyenne (dans cette étude des heures peuvent compter doubles si par exemple on surfe sur Internet en écoutant la radio ou en regardant la télévision)
  • Donc, un américain moyen pendant un jour moyen reçoit 11,8 heures d’information essentiellement électronique soit les 3/4 de son temps éveillé puisqu’en moyenne il travaille 3 heures par jour et dort 7 heures
  • Ce temps de travail moyen étonne. Explication : A 40-hour per week job is 22 percent of a year. Slightly less than half of the US population is employed. Therefore an “average person” is at work 2.7 hours per day.  Source: Bureau of Labor Statistics 2008.
  • En 28 ans cumulés, la consommation en bytes (entendre ici 1 caractère de texte) a quadruplé, et la consommation en mots a augmenté de 140%
  • Les nouvelles technologies digitales refaçonnent les maisons américaines. 70% des américains possèdent un ordinateur avec un accès Internet de plus en plus en haut débit. De nombreux ménages possèdent des douzaines d’équipements numériques : mobiles 3G, PDA’s, lecteurs MP3, équipements de télévision, DVR, ordinateurs, consoles de jeux, etc.
  • La lecture évolue de façon plus complexe que l’idée reçue d’une décroissance massive : certes, le nombre de mots consommés sur support imprimé a décru de 26% en 1960 à 9% en 2008, mais cette tendance est contrebalancée par la consommation de mots croissante sur Internet et les ordinateurs (27%). Si on utilise les mots comme unité de mesure, la lecture a donc augmenté depuis 50 ans.
  • « L’américain moyen » passe presque 3 heures par jour sur son ordinateur (non inclus le temps de travail), ce qui représente 24% du nombre total d’heures de consommation d’information mais 55% du nombre total d’information mesurée en bytes. Cette différence est nommée par les chercheurs « Dark data », concept intéressant pour qualifier l’augmentation continue d’information échangée par les machines sans utilisation (valorisation) humaine.
  • L’émergence de l’interactivité : la plupart des sources d’informations étaient consommées passivement. Les ordinateurs, Internet, les consoles de jeu sont des médias hautement interactifs avec de nombreuses décisions à prendre chaque minute pour décider du prochain clic (multiple decisions each minute about what to click on next)
  • 1/3 des mots consommés le sont de façon interactive ce taux montant à 55% selon l’unité de mesure en bytes. Il s’agit ici d’une transformation profonde dont les effets ne seront pas tous bénéfiques, mais qui continueront à se diffuser et à s’amplifier
  • En 2008, l’email reste l’application informatique la plus largement utilisée (35% du temps passé sur Internet).

Convergence numérique mobile

22 décembre 2009

Les vieux serpents de mer TIC de la convergence numérique et de la mobilité sont devenus réalité.

L’Iphone a concrétisé ces deux évolutions avec brio en réussissant une intégration agréable, créative et réellement productive. A tel point que de nombreux utilisateurs baptisés « Mobinautes » délaissent leur PC au profit de leur smartphone, certains sites Internet constatant que le temps de connexion depuis un mobile est presque identique à celui depuis un PC et « certains opérateurs constateraient que 40 % de la consommation Internet mobile est réalisée depuis le domicile ».

Il est vrai que l’IPhone s’allume vite, plante peu, garde la veille et repart d’un coup d’index, les applications démarrent vite et fonctionnent de façon fluide (peu de « sablier » en cours d’utilisation).

Florilège d’usages :

  • Services : météo, transports, programmes, bourses, taux de change, banques, vote (Estonie), moyen de paiement, …
  • Audio : reconnaissance musicale (étonnant Shazam), discothèque embarquée, radios, radios web, podcasts, …
  • Photo, Vidéo : photos et retouche, réalisation de petits films, daily motion, You Tube, accès à des chaînes de télé, au contenu des DVD, …
  • Lecture : audio books, livres numériques, BD, …
  • Informations : principaux organes de presse, RSS
  • Communication : téléphonie mobile, téléphonie IP (Skype), emails, SMS, …
  • Réseaux sociaux : Facebook, Twitter, Flickr, …
  • Géo-localisation : cartes, itinéraires, localisation des services, alertes radars, …
  • Culture et sciences : planétarium, dictionnaires, accès Wikipedia adaptés, magazines culturels, musées, …
  • Organisation : Todo listes, prises de notes tous supports (étonnant Evernote), agendas (synchronisés ou non), comptabilité, …
  • Navigation Web, veille technologique, moteurs de recherche (avec commandes vocales), …
  • Réalité augmentée : flash codes (et bien plus à venir), …
  • Jeux : de comment accorder sa guitare au pilotage de bolides de course

GFK indique un taux de croissance européen de 140% et selon Gartner, les smartphones seront en fin d’année prochaine plus nombreux que les ordinateurs portables.

La définition par Marshall McLuhan du média de masse (la communication de un vers plusieurs, l’unilatéralité du message -le public n’interagit pas avec le véhicule du message-) s’en trouve sérieusement bousculée : la communication devient sans limite de plusieurs vers plusieurs, les interactions avec les contenus sont riches et variées.

On dénombre (Le Monde du 2 octobre) 480 millions de quotidiens distribués chaque jour, 1.4 milliard d’utilisateurs d’internet, 1.5 milliard de télévisions, 2.1 milliards de personnes ayant un compte bancaire, 3.9 milliards de personnes possédant une radio FM… Avec 4 milliards d’abonnés le téléphone mobile est devenu le premier média de masse.

La tendance lourde paraît claire : nos services, nos flux électroniques (qui absorbent citadelle après citadelle les autres supports), nos communications, nos usages numériques, riches et variés, existants et à venir, nous suivront désormais à peu près partout.

Cette tendance renforce l’acuité de nos recherches.

Nous voici en situation toujours accrue :

  • de choix (quoi jeter, quoi traiter, comment trier, quoi garder, comment le garder). La profusion d’informations n’est plus exhaustivement gérable.
  • de confusion des sphères privées et professionnelles. J’embarque tout, tout le temps et partout.
  • de sollicitations synchrones (comment gérer la reconnexion et ses longues files d’attentes constituées pendant la déconnexion=pression à rester constamment connecté)

Comment digérerons-nous cette abondance informationnelle accompagnée d’une puissante modification de notre relation au temps ?

Au niveau collectif, si l’enquête de la CGC (voir article infra) montre bien que les entreprises offrent désormais de nombreuses possibilités d’accès distant et mobiles à leurs salariés, elle montre aussi que le champ des mesures concertées pour réguler ces nouvelles possibilités est ouvert.

La surcharge informationnelle est-elle éco-responsable ?

10 novembre 2009

La communication numérique donne l’impression de pouvoir être diffusée et dupliquée à l’infini sans coût induit par la quantité. On n’abat aucun arbre pour rédiger et envoyer un email ; on peut ajouter une multitude de destinataires en quelques clics.

Cette facilité à multiplier les informations importantes, banales et futiles (cf. les fameuses blagues qui circulent à n’en plus finir et qu’on reçoit périodiquement de nombreux correspondants) participe bien sûr à nos surcharges informationnelles.

Cette inflation immatérielle est-elle pour autant écologiquement neutre ?

La question commence à être soulevée avec insistance par la presse anglo-saxonne.

NY Times, Google seeks more power

En 2008 le Harper’s magazine soulève la question de la compétition que se livrent les géants du web pour construire et alimenter leurs énormes datas centers :

“The blueprints depicting Google’s data center at The Dalles, Oregon, are proof that the web is not etheral store of ideas, shimmering over our heads like the aurora borealis. It is a new heavy industry, an energy glutton that is only growing hungrier.”

En rupture avec l’image plutôt « verte », respectueuse de l’environnement et aérienne (le « cloud computing ») véhiculée par cette industrie, ce magazine décrit la course à l’armement en datas centers et alimentation électrique. Dès 2006, l’ensemble des data centers américains auraient consommé plus d’électricité que l’ensemble des télévisions américaines. Cette escalade de puissance se poursuit sur la planète (Sibérie, Shangaï, Dublin, Lituanie, …) en fonction des opportunités électriques, quelle qu’en soit la nature.

Cette année, le Guardian relance la question de l’empreinte écologique de l’industrie du web. Même si le goût du secret des industriels de l’Internet rend les estimations difficiles, des premiers chiffres sont avancés :

« One study by Brown, commissioned by the US environmental protection agency, suggested that US data centers used 61bn kilowatt hours of energy in 2006. That is enough to supply the whole of the UK for two months, and 1.5% of the entire electricity usage of the US.

Brown said that despite efforts to achieve greater efficiency, internet use is growing at such a rate that it is outstripping technical improvements – meaning that American data centers could account for as much as 80bn kWh this year.”

Le Monde Magazine du 31 octobre, se faisant l’écho des travaux du Guardian, compare l’énergie consommée par le «data center » de Google à The Dalles à celle d’une ville occidentale de 400 000 habitants.

Et la croissance en besoins énergétiques semble forte :

“With more than 1.5 billion people online around the world, scientists estimate that the energy footprint of the net is growing by more than 10% each year.”

La « révolution numérique » est-elle éco-responsable ?

Cette question n’est pas en relation directe avec notre thème.

En revanche, la surcharge informationnelle qu’elle engendre est-elle humainement souhaitable et soutenable ? La question de l’empreinte écologique de l’industrie du Web a, de notre point de vue, la vertu de contribuer à interroger la pertinence de nos pratiques… ou à l’inverse, se pourrait-il que l’interrogation sur la pertinence de nos pratiques numériques permette de participer à réduire le stress au travail et à mieux contenir l’empreinte écologique de l’industrie du Net ?

La mise à mort du travail

27 octobre 2009

Passionnante enquête sur FR3 hier soir (1ère partie) à suivre mercredi soir (2ème partie).

Un site Internet accompagne cette diffusion qui peut être revue en VOD.

Quelques chiffres relevés sur le site de l’émission :

Les maladies professionnelles (43 800), les accidents du travail (720 000) ou les accidents sur le trajet pour s’y rendre (85 000) touchent chaque année près d’un million de personnes en France.

Chaque pays de l’Union européenne leur consacre entre 3 et 4 % de son PIB. Le total représente 270 milliards d’euros, soit deux fois les dépenses d’armement de tous les États de l’Union.

Selon l’Institut national de veille sanitaire (INVS), un quart des hommes (24 %) et un tiers des femmes (37 %) souffrent en France de détresse psychique liée à leur travail.

Les maladies psychologiques représentent 20 % des maladies du travail répertoriées en Europe : 8 % des salariés prennent des psychotropes, les femmes systématiquement plus fréquemment (12 %) que les hommes (5 %). En outre, 9,6 % des hommes (et 2,2 % des femmes) présentent une dépendance alcoolique.

Les troubles musculo-squelettiques (TMS) touchent en France un salarié sur huit. C’est un mal qui représente 7 millions de journées de travail perdues chaque année et coûte plus de 710 millions d’euros à la Sécurité sociale. Les TMS sont devenus les premières “maladies professionnelles” en Europe et aux États-Unis. Les médecins du travail disent qu’elles sont largement sous-estimées et peu reconnues.

Une étude réalisée en Basse-Normandie auprès de médecins du travail conclut que, rapporté à l’échelle nationale, chaque jour, un salarié met fin à ses jours, chez lui ou au travail, pour une souffrance directement causée par l’exercice de son métier, ce qui représente 3 à 400 morts par an. Il y a un policier pour 600 habitants en France; il n’y a qu’un inspecteur du travail pour 10 000 salariés.

Selon une enquête de l’INVS, seul un salarié sur cinq juge avoir les moyens de réaliser un “bon travail”. 12 % des salariés déclarent avoir été contraints de travailler (au moins une fois) d’une façon qui heurtait leur conscience, au cours des douze derniers mois.

Selon une enquête de l’INVS, 16 % des salariés déclarent au moins un épisode de violence ou de discrimination dans l’année passée, surtout des femmes travaillant dans les secteurs de la santé et de l’action sociale.

Toujours plus de temps « réel »

26 octobre 2009

Des petits compteurs font leur apparition sur Internet et rencontrent un franc succès. Nous voici interconnectés, en prise directe chacun avec tous, à chaque instant.

C’est le cas de l’Earth Clock.

C’est aussi celui du Gary Hayes social media counts.

On pourra aussi consulter le site Worldometers et avec intérêt le « A propos de nous » qu’il propose.

On peut voir dans cette mode un apparentement avec celle des réseaux « sociaux » de type Facebook ou Twitter où je peux savoir que mon « ami » croque présentement une biscotte ou a trouvé une vidéo qui décoiffe, ce qu’il va pouvoir communiquer à sa « communauté » en temps réel et même en déplacement depuis son smartphone

Google avec Google Waves, fort de son appétit gargantuesque (recherches, publicité, bureautique, OS, livres numérisés, santé, SIG, etc.), absorbe les réseaux sociaux en un seul outil intégré dont une sorte de messagerie instantanée où les caractères tapés sont affichés en temps réel, au fur et à mesure de leur frappe.

« Communicate and collaborate in real time. Or anytime. Use Google Wave at home, at work and at play. »

Le slogan du site de Google Waves illustre la confusion croissante des sphères professionnelles, privées et ludiques, fondues en un seul outil favorisant toujours plus l’instantanéité.

Pourquoi faire ? Ces techniques sont-elles sans effet sur l’organisation  et les hommes qui la composent ? Le temps ne devient-il réel qu’à la condition d’être instantanément partagé ?

Une laisse électronique qui se raccourcit ?

18 octobre 2009

Le Monde Magazine du 17 octobre 2009 publie une interview de Jean-Claude DELGENES dont le cabinet est mandaté par la direction de France Télécom pour prévenir les suicides dans l’entreprise.

Cette interview intéresse particulièrement notre interrogation sur la maîtrise du numérique dans les organisations, car, une fois n’est pas coutume, quelques effets induits y sont clairement soulignés.

Pourquoi l’entreprise est-elle devenue un tel lieu de souffrance ?

Les financiers ont pris le pas sur les industriels, imposant leurs exigences de rentabilité à court terme. Du coup ont été instaurées des procédures de contrôle permanent de l’efficacité des individus, qui s’en trouvent tétanisés. C’est la numérisation de la société qui a permis tout cela. On a mis un fil à la patte du salarié. Avec l’outil informatique, chacun peut être contrôlé individuellement en permanence (on parle de « direction par objectif individualisé »), chacun est censé se conformer à une programmation quasi mathématique. Cela met sous pression sur le plan psychique. Cela asservit. Nos rythmes biologiques font qu’on ne peut pas être à 100 % de nos moyens en permanence. Au départ, la productivité augmente. Il faut tenir, il y a les crédits, les enfants… Mais au bout de deux ou trois ans, le corps se révolte, somatise : épuisement professionnel, troubles psychiques, dépression, arrêts cardiaques, addictions… L’instinct vital s’amenuise, et une petite difficulté peut amener à passer à l’acte suicidaire.

C’est donc une stratégie à courte vue ?

Oui, parce que même ceux qui tiennent n’ont plus le temps d’échanger, de coopérer. Ils s’isolent, le collectif se désagrège. Et la compétence collective régresse, alors qu’elle est de plus en plus précieuse du fait de la complexité croissante des processus de fabrication… L’autre revers de la numérisation, c’est la porosité entre vie professionnelle et vie privée. Notez que ce ne sont pas les hauts managers qui se suicident, ce sont ceux qui n’ont pas le choix de dire non. Les individus sont toujours sous tension. Or le cerveau a besoin de phases de reconstitution psychique. Impossible quand vous travaillez avec des directeurs de projets partout dans le monde, qui vous envoient des courriels à contretemps, même pendant les vacances…

Dernier facteur d’aggravation de la situation, selon moi : la dictature du client-roi. Les Français sont devenus « électriques » dans les grandes villes. Avec des exigences très fortes, immédiates, ce qui est très pénible pour les salariés qui les reçoivent. Par ailleurs, on travaille toujours à flux tendu, dans l’urgence, les entreprises n’anticipant pas suffisamment la charge de travail. C’est aux salariés de s’adapter.

J’ai été aide-conducteur de trains de marchandises dans la région parisienne il y a une bonne trentaine d’années. Mon rôle consistait à accrocher le wagon de tête à la locomotive diesel, à arrêter le train et shunter les rails en cas de défaillance du mécanicien. Les horaires étaient très irréguliers et généralement constitué des prises de postes nocturnes pour laisser circuler les trains de voyageurs. Nous restions bloqués de longues heures au milieu de nulle part et c’était une bénédiction d’être à deux pour discuter, rester éveillé et vigilant. Au même moment, une veille automatique dite VACMA était en cours de déploiement entraînant le suppression des aides conducteurs. Le système était simple : si le mécanicien n’actionnait aucune commande pendant une courte durée, une sonnerie assourdissante se déclenchait dans la cabine et le poste de commande recevait une alerte. Je suppose qu’aujourd’hui, les aides conducteurs de trains de marchandises n’existent plus et que le système a été généralisé et perfectionné.

Il est intéressant, au regard de l’interview du Monde 2, d’observer autour de nous les très nombreuses professions devenues solitaires : livreurs, dépanneurs, agents de maintenance, etc.

On peut également observer que nombre d’entre eux sont désormais tracés au mètre et à la minute près par une laisse électronique invisible et pourtant extrêmement attentive : GPS, oreillettes et téléphone mobile, tracking de début et de fin d’intervention, contrôle du temps d’intervention en fonction d’un auto-diagnostique électronique…

Un film d’IBM sur une chaîne RFID est caractéristique d’une certaine absence de vision de l’homme au travail, ici réduit à pousser des chariots entre deux portiques. Sera-t-il bientôt (ou est-il déjà dans certaines organisations) considéré comme un bogue trop lent entre deux machines ?

Ce que révèle l’interview de M. DELGENES n’est-il pas finalement plus frappant puisqu’il s’agit ici d’un homme devenu solitaire au sein même d’une organisation collective, combien même serait-il sédentaire ?