Archive pour le ‘Revue de presse’ catégorie

Au travail 24H sur 24 grâce à Internet et au mobile

11 avril 2011

La laisse électronique est abordée par le supplément Campus à l’édition du Monde du 29 mars.

On y trouve les témoignages de Robert, informaticien, de syndicalistes CGC (notamment à propos des sociétés internationales avec le flot ininterrompu jour et nuit en raison des décalages horaires) ; les pics des consultations de messagerie du dimanche soir pour éviter le flot du lundi matin (CFDT).

Sont aussi abordées, les mesures prises chez 3M avec prise de position de la directrice du développement des compétences sur l’instantanéité et la réserve du secrétaire du CHST quant à l’efficacité du droit à la déconnexion instauré.

Quelques exemples d’accords d’entreprises (FT, Arc International, Société Générale avec point de vue du DRH) et les doutes des syndicats sur la sincérité et/ou l’efficacité des mesures prises.

On y trouve par la voix du dr Salengro la revendication de la prise en compte du smartphone comme un temps d’astreinte.

Et enfin l’expérience de la journée sans email chez Canon France est relatée.

Au total, saluons un article de Nathalie Quéruel très riche en informations !

Le Mouv’ et la laisse électronique

6 avril 2011

Eric Lange sur le Forum du Mouv’ du 4 avril s’interroge sur la laisse électronique et les smartphones.

Voici le podcast de cette partie de l’émission.

La Radio Suisse Romande et les Smartphones

4 avril 2011

Le 1er avril à 8H20, l’émission de la Radio Suisse Romande « Tout le monde il est beau » s’est interrogée sur la « dictature du smartphone professionnel ».Cette actualité décalée et impertinente, présentée par Vincent Veillon et animée par Vincent Veillon, Emilie Gasc-Milesi est disponible en podcast.

Voici celui de l’émission du 1er avril :  RSR – La dictature du smartphone professionnel

Les smartphones, gadgets indispensables ou forme d’esclavage moderne ?

31 mars 2011

Voici la question posée par un article de l’AFP très largement repris par la presse.

 

L’enfer des emails

18 mars 2011

Le Nouvel Economiste du 17 mars consacre un article à l’enfer des emails.

Technostress dans Entreprise & Carrières

1 mars 2011

Excellent dossier sur le technostress dans la revue « Entreprise & Carrières » n° 1036 du 15 au 21 février 2011.

 

Comment rester Zen au travail

24 février 2011

Le Nouvel Observateur n°2415 du 17 au 23 février 2011 consacre sa une au stress au travail (« comment rester zen au travail »).

Le lien entre TIC et stress au travail y est abordé.

Courrier Cadres, stress au travail et TIC

15 décembre 2010

Très intéressant dossier sur les TIC dans le numéro de décembre-janvier du magazine Courrier Cadres.

Le thème de l’influence des TIC sur le stress au travail y est bien pointé.

Le Figaro Madame se déconnecte

29 septembre 2010

Sous le titre « Déconnecter », Nolwenn Le Blevennec signe un bel article dans l’édition du 28 septembre du Figaro Madame.

« SAUF À PARTIR DANS UN DÉSERT À L’AUTRE BOUT DE LA TERRE OU À SE RÉFUGIER DANS UN MONASTÈRE, DIFFICILE DE SE COUPER DU MONDE POUR SE RESSOURCER DANS UNE SOCIÉTÉ OÙ, TECHNIQUEMENT, ON PEUT CONSULTER SES E-MAILS DEPUIS SON BAIN.

Paru le 28.09.2010, par Nolwenn Le Blevennec

Les feuilles rousses, qui craquent sous nos pieds, mettent un peu d’ambiance. Le jardin du couvent des frères Carmes (et de son centre spirituel) est coloré et vivant, ce qui ne manque jamais d’émouvoir les laïcs épuisés de passage. Ils sont de plus en plus nombreux à venir ici, non pas pour les offices, mais « pour se libérer des esclavages modernes et retrouver une qualité de temps », selon frère Denis Marie. Bref : pour se dé-con-nec-ter ! Une croix du carmel en bois et une médaille de baptême en or dépassant de son polo rayé, le frère Denis Marie, l’air juste et bonhomme de François Hollande, nous fait visiter des chambres très sommaires, « un lit, un bureau, un lavabo ». Il nous explique qu’ici les non-croyants se fichent de la déco, qu’ils recherchent la nature et le silence. Et surtout, l’absence d’outils technologiques – ni téléphone portable ni Wi-Fi dans l’enceinte.

Le monastère est perçu par ces agnostiques comme un refuge qui permet d’échapper à un quotidien devenu infernal. Et dont la cadence, de plus en plus intense, inquiète de nombreux observateurs.

Dans Accélération, son dernier livre (La Découverte), le sociologue allemand Hartmut Rosa démontre que le progrès technique a entraîné, ces dernières années, l’accélération du rythme de vie. En France, Jean-Louis Servan-Schreiber, auteur de Trop Vite ! (Albin Michel), pense également que les smartphones peuvent nuire à l’existence.

Le chercheur Thierry Venin explique le mécanisme de compression du temps : « Les nouvelles technologies impliquent un plus grand flux d’informations et une impatience sociale de traitement. » S’ajoute à cela un phénomène d’addiction. « Les gens ont toujours été ravis de recevoir du courrier et, plus il y en a, mieux c’est. Ils s’y noient, c’est un miroir de l’ego », analyse Jean-Louis Servan-Schreiber. « La réception d’un e-mail est aussi addictif que le sucre. Cela s’explique par une appétence de l’esprit pour ce qui est nouveau », renchérit Christophe André, psychiatre à Sainte-Anne. Dès lors, la déconnexion ne peut se réaliser que dans la radicalité et dans l’exil. Courage, fuyons.

REGARDER LES VACHES

Pour débrancher, l’écrivain de romans policiers Gilles Bornais prend ses quartiers dans un autre centre, à l’abbaye du Bec-Hellouin, dans l’Eure. « C’est la troisième fois que j’y vais, cette année. Je ne peux pas y être dérangé. Un e-mail met trois jours à se télécharger », raconte-t-il. Entre deux chapitres, sa seule distraction consiste à regarder des vaches et des canards par la fenêtre. « C’est mieux qu’un cyprès qui, croyez-moi, peut vous rendre neurasthénique. » Le soir, il dîne avec des moines qui lisent Kant à voix haute. En rentrant, il pense toujours la même chose : « Que nous sommes abreuvés d’informations futiles, comme l’état du rhume d’un joueur de l’équipe de France. En allumant la radio, je comprends que je retourne chez les dingues. » Pour ceux qui trouvent la compagnie bovine vaine ou anxiogène, il existe des options plus fun. On pense à Otis Redding, et son Dock of The Bay.

Jean-Philippe, qui travaille dans une entreprise pharmaceutique et reçoit en moyenne cent e-mails par jour, s’envole lui pour Bird Island, aux Seychelles : « La première fois, je ne savais pas qu’il n’y aurait aucune connexion. J’ai paniqué pendant quelques heures. Finalement, je suis sorti du monde pendant un mois », (une semaine en réalité, c’est un lapsus). Sur cette île confetti, dont on fait le tour à pied en trente minutes, il a pu se perdre dans ses livres et ses pensées intérieures. « Aucun cumulus du monde que l’on connaît n’est venu perturber cela », se souvient-il. C’était délicieux. Et il y retourne dans quelques semaines.

JETER SON PORTABLE

Heureusement, il est possible de se déconnecter sans bouger de son siège pivotant. Une attachée de presse nous raconte qu’elle s’est « suicidée » de Facebook, il y a deux ans : « Je ne suis plus invitée aux soirées et aux mariages, mais je ne regrette rien. » Le fondateur du magazine Têtu, Didier Lestrade, a quant à lui fini par jeter son portable, en 2006. « J’ai un téléphone fixe et les conversations téléphoniques peuvent se programmer par e-mails. La plupart des choses qui se disent sur un portable ne sont, de toute façon, pas intéressantes. » Le journaliste envisage pourtant de s’acheter un iPhone, l’année prochaine : « Je repousse tant que je peux, car je sais que je vais perdre en qualité de vie, mais je ne veux pas être largué au point de ne pas savoir me servir de cet outil. J’essaierai de le contrôler et de l’éteindre de temps en temps. » C’est toute la difficulté. « Quand ils envisagent de se déconnecter, les gens sont dans des fantasmes de cabane dans les bois ou de retour à l’âge de pierre et manquent parfois de pragmatisme », regrette Jean-Louis Servan-Schreiber.

L’urgence est en effet d’apprendre à maîtriser les flux. Il existe des options sur le téléphone et les boîtes e-mail qui permettent de rendre ces outils moins invasifs. La chercheuse Joanne Yates, auteur d’une étude sur l’addiction au BlackBerry (Crackberry) s’insurge notamment contre le « push mode », qui consiste à recevoir des e-mails, sans avoir sollicité sa boîte. Selon Pierre Mounier, professeur à l’EHESS (École des hautes études en sciences sociales) et responsable de Cléo (Centre pour l’édition électronique ouverte) : « Un retour en arrière n’est ni envisageable ni souhaitable, mais une prise de conscience est nécessaire. Et l’école a un énorme défi à relever. Il faut apprendre aux citoyens à ne pas se laisser envahir. »

CALME, LENTEUR ET CONTINUITÉ

Un excès de communication pourrait avoir de graves conséquences… « Il existe une liste d’aspects cognitifs indésirables, liés à l’utilisation de ces technologies, comme l’émiettement du travail ou le manque de concentration », explique Thierry Venin. Le psychiatre Christophe André, auteur des États d’âme. Un apprentissage de la sérénité (Odile Jacob), renchérit : « Il y a un effet psychotoxique lié à la sursollicitation. Pour notre équilibre mental, notre cerveau a besoin de séquences de calme, de lenteur et de continuité, comme le corps a besoin d’exercice. » Quand il reçoit des patients dépressifs, le médecin leur demande, entre autres, s’ils dorment avec leur portable sur la table de nuit…

En confisquant le téléphone de sa seconde fille, Christophe André raconte avoir vu passer une trentaine de SMS entre 21 heures et minuit. Les juifs vivent ce genre de « confiscations » tous les samedis, et ne s’en portent pas plus mal.

Le rabbin Gabriel Farhi aime prendre son repas sans avoir son portable à côté de l’assiette. « On coupe toutes les connexions, pour recréer des liens essentiels et directs avec Dieu et sa famille », explique-t-il. Le rabbin, qui admet que les dernières heures du Shabbat sont les plus difficiles – « on a quasiment le doigt sur le bouton de l’ordinateur » – conseille néanmoins à tout le monde de se fabriquer « ses petits Shabbats ».

C’est un peu ce que fait Jean-Philippe, le chanceux des Seychelles. En route pour un colloque à Berlin, il a décidé de ne pas emporter son ordinateur. Il s’est dit que cela le forcerait à se connecter à son environnement, plutôt qu’à sa boîte de réception. »

Santé au travail : quand les TIC font mal

25 avril 2010

Sud-Ouest – 22 avril 2010 par  Alain Babaud – Reproduit avec l’aimable autorisation du journal Sud-Ouest

Chercheur et directeur de l’ADN64, Thierry Venin s’intéresse au stress lié à l’usage des nouvelles technologies de l’information (e-mails, Internet, mobiles…). Interview.

Influence des TIC sur le stress au travail

Pour Thierry Venin, les nouvelles technologies ont aussi « un côté addictif ». PHOTO LUKE LAISSAC

« Sud Ouest ». Les nouvelles technologies sont censées nous faciliter la vie et le travail. Mais pour vous, ce sont également des facteurs de stress ?

Thierry Venin. Cela fait trente ans que je fais de l’informatique en Pyrénées-Atlantiques. Je fais partie de cette génération qui a vécu l’essor des technologies de l’information et de la communication (TIC), la montée en puissance d’un secteur tertiaire qui s’est « mécanisé ». Les ordinateurs ont pris le pas sur les fastidieux travaux des champs ou à la chaîne. Parallèlement, le temps de travail a baissé. On devrait donc avoir les doigts de pied en éventail, aujourd’hui, être cool. Mais c’est le contraire qui se produit. Le stress au travail constitue une véritable pandémie ! Pourquoi ? Où est le bug ?

Vous faites un lien direct entre le stress et l’utilisation toujours croissante des ordinateurs, d’Internet et des téléphones mobiles. Au-delà de l’observation, sur quoi vous appuyez-vous ?

Sur les résultats de l’enquête nationale menée par le laboratoire du stress au travail de la CGC, à l’automne dernier. L’Université de Pau, à travers le laboratoire SET auquel je participe, a demandé au syndicat d’intégrer des questions sur les TIC dans son sondage OpinionWay portant sur un panel de 1 072 cadres français. C’est une première.

Les chiffres confirment ce que chacun savait de façon intuitive et qui n’avait en fait pas été mesuré jusque-là sur les effets de la surabondance informationnelle.

Quels sont les chiffres clés et concluants, de cette étude inédite ?

On apprend que 82 % des sondés jugent que les outils électroniques accroissent le volume d’informations à traiter. Pour 86 %, ces mêmes outils imposent des temps de réponse toujours plus courts et, pour 77 %, ils amènent à travailler de plus en plus en dehors de leur lieu de travail et des horaires de travail, c’est-à-dire à la maison.

90 % des cadres jugent aussi qu’ils doivent travailler « trop vite » et 56 % que le temps disponible pour accomplir leur travail est insuffisant. Il faut donc arriver à réguler les flux d’informations, ne plus subir l’afflux de technologies, mais les mettre à notre service.

Il peut y avoir un « trop plein » de technologies ?

Les nouveaux flux d’information ne remplacent pas les précédents, ils s’y ajoutent ! Aux États-Unis, on a évalué qu’un cadre passait environ deux heures par jour à traiter une moyenne de 85 mails ! Ajoutez-y les coups de téléphone, les post-it des collègues, le patron qui surgit… Grosso modo, ça fait une sollicitation toutes les 3 à 4 minutes dans la journée de travail.

L’urgence succède à l’urgence. Dès qu’on a reçu un mail, il « faut » y répondre sinon celui qui vous l’a adressé vous appelle en vous disant « tu n’as pas reçu mon mail ? » De fait, on zappe en cherchant même à combler les « trous ». Une minute de libre ? Vite, un coup d’œil sur la messagerie pour voir si rien n’est arrivé ! Il y a un côté addictif, là-dedans.

Quelles peuvent en être les conséquences néfastes ?

D’abord, il n’y a plus de temps pour la rêverie. Ça peut paraître étrange, mais des travaux scientifiques montrent que laisser vagabonder son esprit, c’est très positif pour l’apprentissage, pour pouvoir apprendre. Et puis, c’est tout simple : pour se plonger dans un dossier compliqué, il faut un minimum de temps de concentration en continu. Or le temps est souvent compressé, haché.

J’ai cité l’exemple de l’usage qu’on fait généralement de la messagerie électronique. Les TIC amènent à répondre « en temps réel » aux sollicitations. Et cette dérive vers le « temps réel » finit par ébranler jusqu’aux traders. Ces technocrates les plus rapides du monde, connectés et réactifs, se font déjà supplanter par les « dark pools », qui sont des salles de marchés qui peuvent traiter des milliers d’ordres à la seconde !

Y a-t’il un moyen de sortir de cette dictature de « l’immédiateté » ?

La mondialisation, la culture dominante de la finance poussent dans ce sens et tout n’est pas à condamner, bien sûr. Mais, il y a des choses à faire, oui. Comme commencer à prendre du recul.

Depuis l’automne dernier, le laboratoire SET que dirige Francis Jauréguiberry et l’Université de Pau et des Pays de l’Adour sont notamment les chefs de file d’un programme universitaire sur le thème de la « déconnexion volontaire des TIC ». Nous sommes associés aux universités de Bordeaux, Toulouse et d’Ottawa. L’Association nationale de la recherche (ANR) a mis 200 000 € de crédits sur quatre ans.

La Journée mondiale de la sécurité et de la santé au travail du 28 avril vous paraît-il être une bonne occasion d’évoquer cette question du stress lié aux TIC ?

Tout à fait. L’Union européenne s’y intéresse encore peu, contrairement aux États-Unis. Mais il faudra le faire de plus en plus. Aujourd’hui, une structure comme l’Agence du numérique 64 que je dirige cherche à lutter contre la fracture numérique. Et c’est nécessaire.

Mais demain, comment on va gérer la surabondance informationnelle qui a déjà des conséquences, on le voit bien, en termes de santé ? Il faut prendre le temps d’y travailler, ce qui n’a pas été fait jusque-là. Les études ont montré qu’en France, le coût social du stress approche, aujourd’hui, les 3 milliards d’euros. Il faut le prendre au sérieux.

Un profil d’expert

Thierry Venin fait partie des experts en technologies de l’information et de la communication.

À 54 ans, ce doctorant est chercheur au sein du laboratoire de recherche scientifique SET (Société environnement territoire), une unité commune à l’Université de Pau et au CNRS.

Il est également président de l’association de chercheurs Phronesis, ainsi que le directeur d’ADN64, l’Agence du numérique du Conseil général installée à Pau et conçue pour aider les habitants des Pyrénées-Atlantiques à accéder et faire le meilleur usage des nouvelles TIC.

Thierry Venin a créé l’association Phronesis et le site Internet www.phronesis-project.org voilà quelques mois, pour mettre en réseau les chercheurs européens qui s’intéressent à la maîtrise des nouvelles technologies de l’information au travail. Cela dans le but de constituer un observatoire et de réaliser un guide des « bonnes pratiques » des NTIC.

Le chercheur a également mis au point un logiciel, baptisé Cooldone, édité à Pau et vendu (20 €) par Jérôme Tapie, pour aider les cadres à « prendre de la hauteur dans le pilotage de leur vie pour qu’ils ne se laissent pas noyer dans l’urgence des TIC ».

Les premiers séminaires sur le même thème ont démarré. Le Syndicat des directeurs généraux des services des Pyrénées-Atlantiques vient d’en profiter.