Le Nouvel Observateur n°2415 du 17 au 23 février 2011 consacre sa une au stress au travail (« comment rester zen au travail »).
Le lien entre TIC et stress au travail y est abordé.
Le Nouvel Observateur n°2415 du 17 au 23 février 2011 consacre sa une au stress au travail (« comment rester zen au travail »).
Le lien entre TIC et stress au travail y est abordé.
Dans un communiqué de presse publié le 7 février, la société de services en ingénierie informatique Atos Origin annonce son intention de supprimer les emails en 3 ans.
Voici un extrait de ce communiqué :
Atos Origin affiche son ambition de devenir une entreprise «zéro e-mail» d’ici trois ans.
Diminuer la pollution ‘informationnelle’ de la même façon que la pollution environnementale a été réduite après la révolution industrielle
Paris, 7 février 2011 -Atos Origin, société internationale de services informatiques, affiche son ambition de devenir d’ici trois ans une entreprise “zéro e-mail”. S’exprimant au cours d’une série de conférences de presse consacrées à l’innovation, le P-DG d’Atos Origin, Thierry Breton exprime son ambition que les collaborateurs Atos Origin abandonnent l’envoi d’emails entre eux et utilisent à la place les applications dédiées permettant une meilleure communication ainsi que les nouveaux outils de collaboration et les réseaux sociaux.
M. Breton a déclaré: «Nous produisons massivement des données qui polluent notre environnement de travail et de plus empiètent sur nos vies privées. Chez Atos Origin, nous engageons des actions destinées à renverser cette tendance, de la même manière que les organisations ont pris des mesures pour réduire la pollution de l’environnement après la révolution industrielle.»
«Le volume d’e-mails que nous envoyons et recevons n’est pas soutenable dans le domaine professionnel. Les managers passent de 5 à 20 heures par semaine à lire et écrire des e-mails. Ils utilisent déjà les réseaux sociaux plus que les moteurs de recherche, et passent 25% de leur temps à rechercher de l’information. Chez Atos Origin, nous avons mis en place des outils collaboratifs et des plateformes communautaires pour partager et garder trace des idées qui naissent sur des sujets allant de l’innovation au Lean Management en passant par les ventes. Les entreprises doivent aller plus loin dans cette voie : l’e-mail, ne sera bientôt plus considérée comme la meilleure manière de travailler et d’échanger.»
L’objectif d’Atos Origin est d’adopter des solutions novatrices dans le domaine des réseaux sociaux (Social Business Solutions) sur le lieu de travail afin de mettre en place un véritable ‘social business’. Basées sur des technologies collaboratives, ces solutions offrent des moyens de gérer et partager l’information plus personnalisés, plus immédiats, plus efficients en termes de coûts, adaptés aux méthodes de travail du XXIe Siècle et permettant de mettre en place une «Organisation Intelligente» (Smart Organization).
En ligne avec son programme de “bien-être au travail” lancé en 2009 avec le but de devenir
un des meilleurs endroits où travailler (« best place to work »), Atos Origin a mis en œuvre de nombreuses initiatives visant à améliorer la communication et le partage d’information au sein de l’organisation. Par exemple, Atos Origin encourage l’usage d’outils tels qu’Office Communicator et a mis en place des plateformes communautaires pour partager et garder trace des idées qui naissent sur des sujets allant de l’innovation au Lean Management en passant par les ventes. Les premiers résultats indiquent que ce type d’outils réduit immédiatement le volume des e-mails de 10 à 20%.La surcharge en informations – Les faits:
- D’ici 2013, la moitié des nouveaux contenus digitaux sera le résultat de mises à jour et de modification d’informations existantes.
- Les réseaux sociaux en ligne sont d’ores et déjà plus populaires que l’e-mail et les moteurs de recherche.
- Les cadres passent plus de 25% de leur temps à chercher de l’information.
- 2010 : les usagers au sein des entreprises reçoivent en moyenne 200 mails par jour, dont 18% sont des spams.
Bonjour,Vous vous êtes montrés intéressés par le logiciel Cooldone et nous vous en remercions.
Nous nous permettons de vous joindre aujourd’hui pour tenter de comprendre ce qui est à la base de votre démarche de maîtrise de votre environnement télécommunicationnel. Ce travail n’est pas directement lié au logiciel : il se trouve simplement que l’un de ses concepteurs (Thierry Venin) participe à une recherche scientifique sur la déconnexion volontaire aux TIC. Cette recherche regroupe des chercheurs de quatre laboratoires du CNRS et cherche à rendre compte des pratiques de rupture, de résistance, de tension ou de filtre face aux effets non désirés de la connexion permanente, à la pression du « temps réel » et aux potentiels dérapages sécuritaires permis par les TIC, à la fois dans certaines catégories professionnelles et dans la vie quotidienne du plus grand nombre.
De plus amples informations sur ce programme de recherche sont disponibles sur ce site.C’est dans le cadre de cette recherche que nous nous permettons de vous demander de répondre à un questionnaire. Les réponses seront traitées de façon strictement anonyme et jamais votre nom n’apparaîtra. Il s’agit d’une recherche dont les impératifs déontologiques sont contrôlés par le CNRS. Le seul but est celui du dégagement d’une connaissance sur ce phénomène tout à fait nouveau. Bien entendu, les principaux résultats de la recherche pourront être communiqués à tous ceux qui voudront bien nous consacrer quelques minutes pour répondre au questionnaire disponible en cliquant sur ce lien.
.Je vous remercie d’avance pour votre participation,
Francis JAURÉGUIBERRY
Professeur des Universités, Sociologie
Directeur du laboratoire SET (UMR 5603 du CNRS)
Adresse : IRSAM, avenue du Doyen Poplawski, 64 000 Pau
Le journal Les Echos a relayé le 11 janvier la « Charte des Relations de Travail » publiée par la direction de la société 3M à destination des 1000 employés de Cergy.
Cette charte, dont le texte intégral est diffusé par le syndicat CFE-CGC de l’entreprise sous le titre « Le catéchisme de la direction » comporte un certains nombres de préconisations en relation directe avec l’influence des TIC sur le stress au travail et plus globalement sur les conditions de travail.
Sous le chapeau introductif « Cette charte regroupe des attitudes et des objectifs non quantifiables que 3M en France souhaite voir adopter par l’ensemble de ses collaborateurs afin de créer un environnement de travail sain et stimulant », ce document comporte trois sections :
Le lien entre les TIC et le stress au travail (ou du travail à la maison) est cependant présent dès la première section. En effet la direction de 3M attend du salarié qu’il soit le premier responsable/garant du bon équilibre entre sa vie au travail et sa vie privée notamment en ne « succombant pas aux facilités des nouvelles technologies de l’information et de la communication » et en sachant « se déconnecter ».
La deuxième section nous concerne bien sûr particulièrement. Elle comporte 4 règles d’or.
Privilégier la rencontre en direct :
Elle génère conversation et compréhension. Elle entraîne plus facilement confiance et par la suite modération dans les propos écrits.
Rester courtois technologiquement :
- Dans la rédaction d’un mail, ne pas oublier que l’on écrit à un lecteur et pas à un ordinateur
- Éviter le principe abusif de protection et ne mettre en copie que les personnes vraiment concernées et directement impliquées par le sujet
- Écrire intelligiblement :
- Soigner la rédaction de l’objet du message
- Faire des phrases courtes : sujet, verbe, complément sans oublier la ponctuation
- Ne pas croire qu’un conflit peut se régler rapidement et efficacement par mail. Privilégier le face à face
Ne pas céder à l’instantanéité de la messagerie :
- Gérer les priorités et ne pas répondre immédiatement à chaque mail reçu, se fixer des plages pour répondre aux mails moins urgents.
- Ne pas lire ses mails en réunion
Savoir se déconnecter :
Ce n’est pas parce qu’ils sont portables que PC ou téléphone doivent être systématiquement ramenés au domicile et utilisés en dehors des plages de travail.
La section 3 dédiée au rythme de travail, préconise enfin de partir en congé sans son ordinateur.
Le document est baptisé « charte » mais ne semble pas traduire un accord entre les partenaires sociaux. En effet, le style s’apparente plus à une note de service qu’à une convention et porte l’estampille 3M sans signataire. Il pourrait donc être rapproché des « chartes de bourgeoisie » (par laquelle les habitants d’une ville qui possédaient les qualités requises recevaient de leur seigneur un certain nombre de privilèges) ou d’une charte de franchise (énonçant les privilèges accordés par un seigneur à une communauté d’habitants pour attirer ou retenir ces derniers sur son domaine).
Sur le site de la CFE-CGC de l’entreprise, la réception de la charte est nuancée :
« Mais ce document n’oblige qu’une seule personne, le salarié… C’est trop facile et c’est un peu court de se décharger du dossier des risques psycho-sociaux en ne proposant que cette charte à sens unique et en n’écartant toutes les responsabilités et devoirs de l’entreprise vis à vis de ses salariés pour faire du lieu de travail un endroit sain et stimulant . Oui il y a de bonnes choses dans cette charte. Non cela ne suffit pas … »
Dans le cadre de son baromètre sur le stress au travail (15ème campagne), la CGC a renouvelé pour la 3ème fois consécutive les questions sur l’influence des TIC sur le stress au travail. Cela fait donc 1 an et demi que les mêmes questions sont posées sur notre thème, ce qui est évidemment très précieux. Un grand merci donc à la CGC et plus particulièrement au Docteur Salengro.
Cette enquête a été réalisée par OpinionWay en novembre 2010 auprès d’un échantillon représentatif de la population des cadres français (1045 personnes). Deux questions ont été ajoutées sur l’émergence d’un « droit à la déconnexion ».
Voici les nouvelles questions :
La CGC accompagne le sondage du communiqué de presse suivant :
La CFE-CGC dénonce le workaholisme au blackberry
Les cadres souffrent de workaholisme, en particulier du fait des NTIC, telles sont les dernières conclusions du baromètre du stress de la CFE-CGC.
La CFE-CGC envisage, comme ses collègues américains, de réclamer soit la prise en compte des heures supplémentaires, soit le droit à la déconnexion en dehors des heures de travail. En s’appuyant sur les mémoires des PDA et autres outils qui réalisent de véritables laisses électroniques, il n’y a plus de véritables difficultés techniques, quitte à demander les facturettes aux opérateurs !
Un indice ne trompe pas, la part des entreprises qui fournissent gratuitement un blackberry à leurs cadres a augmenté de 16 points en un an, passant à 28%, de même 41% d’entre eux disent ne pas pouvoir se déconnecter en soirée et pour 35% pendant le week-end.
Au moment ou l’on met en place une augmentation de la durée de vie au travail 39% des cadres interrogés, (soit 5 points de plus) pensent à quitter le travail à cause du stress ! C’est l’indice le plus grave, comment les entreprises peuvent-elles espérer un engagement et une implication des salariés dans de telles conditions. 78% des entreprises ne tiennent toujours pas compte du stress dans leur management, même si cela baisse, c’est beaucoup !
Au delà de la question des outils de NTIC la plupart des indicateurs vont en s’aggravant, jamais la note globale de stress n’avait atteint un tel niveau depuis la création du baromètre du stress dans sa forme définitive.
L’indicateur le plus inquiétant semble bien celui qui indique que près de 39% des cadres pensent à quitter leur travail à cause du stress ! comment les entreprises peuvent elles espérer des salariés engagés et impliqués dans ces conditions, on sait bien que le présentéisme est le principal facteur de mauvaise productivité, décidément les employeurs manquent de compétence managériale.
La CFE-CGC réclame que les conditions de travail psychiques, cognitives, sensorielles et affectives soient enfin considérées comme les autres conditions de travail, qu’elles provoquent une prise en compte au niveau de la maladie professionnelle et soient de plein droit l’objet de débat au niveau du CHSCT. C’est dans cet esprit qu’une nouvelle bande dessinée va sortir prochainement.
L’intégralité des résultats est sur le site de la CFE-CGC : www.cfecgc.org.
Très intéressant dossier sur les TIC dans le numéro de décembre-janvier du magazine Courrier Cadres.
Le thème de l’influence des TIC sur le stress au travail y est bien pointé.
L’ANACT signale la parution d’une nouvelle enquête opérée par l’Institut de Médecine Environnementale sur le stress au travail.
Notre thème (stress au travail et TIC) n’est pas abordé mais cette étude est originale et intéressante. Elle confirme la grande proportion de stress au travail et en affine les contours, notamment quand au stress « auto-infligé » (notion à aborder avec précautions).
66% des 3052 répondants s’estiment davantage stressés que leurs collègues. Ce chiffre, par définition impossible, est par exemple riche d’enseignement.
Cette enquête est téléchargeable sur le site de l’ANACT ou sur celui de l’IME.
Voici ce qu’en dit l’ANACT :
En développant une méthodologie innovante et son propre questionnaire, l’IME souhaite se donner les moyens d’analyser plus finement le rôle et l’interaction de la réceptivité individuelle face au stress avec les dimensions managériale et organisationnelle de la vie au travail.
Plus de 3 000 personnes ont participé, du 25 mai au 25 juillet 2010, à l’étude nationale IME sur le stress au travail. Les premiers résultats de l’étude IME sur le stress au travail, dévoilés en avant première au Siège de l’Express fin septembre, sont à la fois préoccupants (plus de la moitié des personnes interrogées disent qu’elles sont stressées au travail) et porteurs d’un éclairage nouveau sur :
- le stress au travail (« stressabilité » / « stress pathologique »),
- ses causes profondes (individuelles / managériales / organisationnelles)
- et les actions prioritaires à mener pour les traiter et ainsi mieux prévenir les Risques PsychoSociaux (notamment en développant la « biocompatibilité » de l’organisation, des postes et du management).
Il serait souhaitable que ce type de publication qui prennent vite valeur d’affirmation lors des multiples reprises sur des sites Internet (comme ici) ou par des médias soit accompagné de renseignements plus précis quant à leur méthodologie (constitution des échantillons etc.).
Les causes du « Flash Crash » qui a vu les cours de Wall Street s’effondrer le 6 mai 2010 seraient élucidées.
C’est en tout cas ce que prétend un rapport de 104 pages publié le 30 septembre par les autorités financières américaines (SEC et CFTC).
En substance (Le Monde du 5 octobre 2010), un programme informatique complexe (High Frequency Trading) permettant une vente massive de titres en quelques minutes opérée par un courtier serait à l’origine du crash. Dit autrement, l’exécution par un gérant de fonds d’une vente de 75 000 contrats à terme pour un montant de 4,1 milliards de dollars, au moyen d’un logiciel algorithmique programmé pour placer les ordres de vente en fonction de la quantité de ces contrats par rapport au volume global sur ce marché, mais sans égard au prix ni au temps dans l’exécution des transactions, aurait provoqué l’effondrement éclair de Wall Street. Une explication plus complète et plus technique est par exemple disponible en français à cette adresse : http://cms.unige.ch/droit/cdbf/spip.php?article697
Dans un monde financier où la sophistication technique et la vitesse constituent de plus en plus des avantages concurrentiels déterminants, les autorités boursières américaines semblent embarrassées pour mettre en place des mesures efficaces de nature à empêcher que se renouvelle ce type d’accidents. « Nous devons examiner quelles autres mesures axées sur l’investisseur sont nécessaires pour faire en sorte que nos marchés soient équitables, efficaces et résistants, maintenant et pour les années à venir » a déclaré Mary Schapiro, présidente de la SEC, près de six mois après les faits.
De nombreux blogs financiers relaient désormais cette question : « Comment ralentir le trading à haute fréquence ? ». Cette question est également reprise par le sénateur Schumer qui en fait un cheval de bataille.
Dans le « même temps » où des milliards disparaissent comme par enchantement, la valeur « Temps Réel » continue d’être ardemment promue notamment par Google, constituant pour chaque nouveau service un de ses arguments promotionnels majeurs : indice des prix en temps réel, feu Google Waves et sa frappe vue en temps réel par les correspondants (caractère par caractère), et plus récemment son nouveau « Real Time Search ». En effet, la pertinence mesurée par l’accumulation d’occurrences dans les pages web n’est plus assez rapide pour prendre en compte les échanges éphémères des réseaux sociaux type Facebook ou Twitter.
La recherche en temps réel est donc devenue un enjeu majeur pour Google mais aussi Microsoft ou des start-ups comme OneRiot ou Sency (Le Monde du 23 avril 2010)
Emblème de cette tendance, Amit Singhal (Google), met en évidence des stickers « slow sux » (qu’on pourrait traduire par « la lenteur craint » ?). Les marchés financiers partagent-t-ils désormais sans réserve cette valeur ?
Ce n’est définitivement pas le cas du « Slow Movement » qui se développe et se décline en « Slow Food », « Slow Travel » ou encore « CittaSlow » (villes lentes) que vient de rejoindre Segonzac dans les Charentes.
Le temps réel est-il une valeur nécessairement positive ? Saluons en tout cas l’émergence d’un beau débat de société !

Ajout : signalé par Francis Jauréguiberry, l’excellent article de Charlie Brooker publié par le Guardian du 13 septembre 2010 intitulé Google Instant is trying to kill me.
Sous le titre « Déconnecter », Nolwenn Le Blevennec signe un bel article dans l’édition du 28 septembre du Figaro Madame.
« SAUF À PARTIR DANS UN DÉSERT À L’AUTRE BOUT DE LA TERRE OU À SE RÉFUGIER DANS UN MONASTÈRE, DIFFICILE DE SE COUPER DU MONDE POUR SE RESSOURCER DANS UNE SOCIÉTÉ OÙ, TECHNIQUEMENT, ON PEUT CONSULTER SES E-MAILS DEPUIS SON BAIN.
Paru le 28.09.2010, par Nolwenn Le Blevennec
Les feuilles rousses, qui craquent sous nos pieds, mettent un peu d’ambiance. Le jardin du couvent des frères Carmes (et de son centre spirituel) est coloré et vivant, ce qui ne manque jamais d’émouvoir les laïcs épuisés de passage. Ils sont de plus en plus nombreux à venir ici, non pas pour les offices, mais « pour se libérer des esclavages modernes et retrouver une qualité de temps », selon frère Denis Marie. Bref : pour se dé-con-nec-ter ! Une croix du carmel en bois et une médaille de baptême en or dépassant de son polo rayé, le frère Denis Marie, l’air juste et bonhomme de François Hollande, nous fait visiter des chambres très sommaires, « un lit, un bureau, un lavabo ». Il nous explique qu’ici les non-croyants se fichent de la déco, qu’ils recherchent la nature et le silence. Et surtout, l’absence d’outils technologiques – ni téléphone portable ni Wi-Fi dans l’enceinte.
Le monastère est perçu par ces agnostiques comme un refuge qui permet d’échapper à un quotidien devenu infernal. Et dont la cadence, de plus en plus intense, inquiète de nombreux observateurs.
Dans Accélération, son dernier livre (La Découverte), le sociologue allemand Hartmut Rosa démontre que le progrès technique a entraîné, ces dernières années, l’accélération du rythme de vie. En France, Jean-Louis Servan-Schreiber, auteur de Trop Vite ! (Albin Michel), pense également que les smartphones peuvent nuire à l’existence.
Le chercheur Thierry Venin explique le mécanisme de compression du temps : « Les nouvelles technologies impliquent un plus grand flux d’informations et une impatience sociale de traitement. » S’ajoute à cela un phénomène d’addiction. « Les gens ont toujours été ravis de recevoir du courrier et, plus il y en a, mieux c’est. Ils s’y noient, c’est un miroir de l’ego », analyse Jean-Louis Servan-Schreiber. « La réception d’un e-mail est aussi addictif que le sucre. Cela s’explique par une appétence de l’esprit pour ce qui est nouveau », renchérit Christophe André, psychiatre à Sainte-Anne. Dès lors, la déconnexion ne peut se réaliser que dans la radicalité et dans l’exil. Courage, fuyons.
REGARDER LES VACHES
Pour débrancher, l’écrivain de romans policiers Gilles Bornais prend ses quartiers dans un autre centre, à l’abbaye du Bec-Hellouin, dans l’Eure. « C’est la troisième fois que j’y vais, cette année. Je ne peux pas y être dérangé. Un e-mail met trois jours à se télécharger », raconte-t-il. Entre deux chapitres, sa seule distraction consiste à regarder des vaches et des canards par la fenêtre. « C’est mieux qu’un cyprès qui, croyez-moi, peut vous rendre neurasthénique. » Le soir, il dîne avec des moines qui lisent Kant à voix haute. En rentrant, il pense toujours la même chose : « Que nous sommes abreuvés d’informations futiles, comme l’état du rhume d’un joueur de l’équipe de France. En allumant la radio, je comprends que je retourne chez les dingues. » Pour ceux qui trouvent la compagnie bovine vaine ou anxiogène, il existe des options plus fun. On pense à Otis Redding, et son Dock of The Bay.
Jean-Philippe, qui travaille dans une entreprise pharmaceutique et reçoit en moyenne cent e-mails par jour, s’envole lui pour Bird Island, aux Seychelles : « La première fois, je ne savais pas qu’il n’y aurait aucune connexion. J’ai paniqué pendant quelques heures. Finalement, je suis sorti du monde pendant un mois », (une semaine en réalité, c’est un lapsus). Sur cette île confetti, dont on fait le tour à pied en trente minutes, il a pu se perdre dans ses livres et ses pensées intérieures. « Aucun cumulus du monde que l’on connaît n’est venu perturber cela », se souvient-il. C’était délicieux. Et il y retourne dans quelques semaines.
JETER SON PORTABLE
Heureusement, il est possible de se déconnecter sans bouger de son siège pivotant. Une attachée de presse nous raconte qu’elle s’est « suicidée » de Facebook, il y a deux ans : « Je ne suis plus invitée aux soirées et aux mariages, mais je ne regrette rien. » Le fondateur du magazine Têtu, Didier Lestrade, a quant à lui fini par jeter son portable, en 2006. « J’ai un téléphone fixe et les conversations téléphoniques peuvent se programmer par e-mails. La plupart des choses qui se disent sur un portable ne sont, de toute façon, pas intéressantes. » Le journaliste envisage pourtant de s’acheter un iPhone, l’année prochaine : « Je repousse tant que je peux, car je sais que je vais perdre en qualité de vie, mais je ne veux pas être largué au point de ne pas savoir me servir de cet outil. J’essaierai de le contrôler et de l’éteindre de temps en temps. » C’est toute la difficulté. « Quand ils envisagent de se déconnecter, les gens sont dans des fantasmes de cabane dans les bois ou de retour à l’âge de pierre et manquent parfois de pragmatisme », regrette Jean-Louis Servan-Schreiber.
L’urgence est en effet d’apprendre à maîtriser les flux. Il existe des options sur le téléphone et les boîtes e-mail qui permettent de rendre ces outils moins invasifs. La chercheuse Joanne Yates, auteur d’une étude sur l’addiction au BlackBerry (Crackberry) s’insurge notamment contre le « push mode », qui consiste à recevoir des e-mails, sans avoir sollicité sa boîte. Selon Pierre Mounier, professeur à l’EHESS (École des hautes études en sciences sociales) et responsable de Cléo (Centre pour l’édition électronique ouverte) : « Un retour en arrière n’est ni envisageable ni souhaitable, mais une prise de conscience est nécessaire. Et l’école a un énorme défi à relever. Il faut apprendre aux citoyens à ne pas se laisser envahir. »
CALME, LENTEUR ET CONTINUITÉ
Un excès de communication pourrait avoir de graves conséquences… « Il existe une liste d’aspects cognitifs indésirables, liés à l’utilisation de ces technologies, comme l’émiettement du travail ou le manque de concentration », explique Thierry Venin. Le psychiatre Christophe André, auteur des États d’âme. Un apprentissage de la sérénité (Odile Jacob), renchérit : « Il y a un effet psychotoxique lié à la sursollicitation. Pour notre équilibre mental, notre cerveau a besoin de séquences de calme, de lenteur et de continuité, comme le corps a besoin d’exercice. » Quand il reçoit des patients dépressifs, le médecin leur demande, entre autres, s’ils dorment avec leur portable sur la table de nuit…
En confisquant le téléphone de sa seconde fille, Christophe André raconte avoir vu passer une trentaine de SMS entre 21 heures et minuit. Les juifs vivent ce genre de « confiscations » tous les samedis, et ne s’en portent pas plus mal.
Le rabbin Gabriel Farhi aime prendre son repas sans avoir son portable à côté de l’assiette. « On coupe toutes les connexions, pour recréer des liens essentiels et directs avec Dieu et sa famille », explique-t-il. Le rabbin, qui admet que les dernières heures du Shabbat sont les plus difficiles – « on a quasiment le doigt sur le bouton de l’ordinateur » – conseille néanmoins à tout le monde de se fabriquer « ses petits Shabbats ».
C’est un peu ce que fait Jean-Philippe, le chanceux des Seychelles. En route pour un colloque à Berlin, il a décidé de ne pas emporter son ordinateur. Il s’est dit que cela le forcerait à se connecter à son environnement, plutôt qu’à sa boîte de réception. »
Publié par le site Gigaom.com, à partir de données en provenance de Cisco, ce très visuel état des connexions mondiales.
Phénomène connexe, le succès mondial des smartphones se confirme avec 118,3 millions de mobiles multimédia vendus durant les six premiers mois de l’année 2010, soit une hausse de 54% par rapport à la même période en 2009 (Le Figaro).