Les travailleurs du tertiaire les plus rapides de la planète sont-ils menacés d’extinction ? Combien de temps encore, ceux qui brassent des budgets étatiques en quelques clics de souris, les yeux rivés sur leurs terminaux Bloomberg, pourront-ils rivalisés avec les micro-processeurs ?
Le gendarme financier européen, The Committee of European Securities Regulators (CESR), emboîte le pas de la « Securities and Exchange Commission » américaine, en lançant auprès des professionnels une enquête sur le « High Frequency Trading ». L’enquête est ouverte jusqu’au 30 avril.
Cette pratique en pleine ascension inquiète en effet les instances de régulation Le « HFT » est basé sur des algorithmes capables de passer d’énormes quantités d’ordres en millisecondes, profitant d’écarts faibles : les machines parlent aux machines, directement, dans des temps et des proportions qui sont les leurs. Les ruisseaux faisant les grands fleuves, ce seraient ainsi 21 milliards de dollars de marge qui auraient été générées l’an dernier aux Etats-Unis.
Afin d’accroître encore la vitesse des opérations de vente et d’achat, les opérateurs de HFT implantent leurs serveurs le plus près possible des serveurs de la plateforme boursière. La traque aux nanosecondes est engagée. Ainsi les équipements informatiques de Nyse Euronext ont-ils été déménagés de Paris à Londres et des débats auraient lieu pour les rapprocher ensuite de la banlieue londonienne vers le centre.
Cette pratique aurait été favorisée en Europe par la directive de 2007 qui a mis fin au monopole des Bourses traditionnelles, et selon un article du Figaro qui cite la firme de conseil Aite Group, le High Frequency Trading réaliserait aujourd’hui 25% des transactions sur actions en Europe, pour atteindre 30% d’ici à la fin de l’année et 45% en 2012.
On comprend au vu de cette expansion que la course à l’armement technologique soit engagée, qu’il s’agisse des serveurs, de leurs lieux d’implantation et des algorithmes utilisés. La société de « Dark Pool » BATS base son argumentaire sur le fait que ses équipements sont capables de passer des ordres en 270 microsecondes en moyenne, soit « 1000 fois plus vite qu’un clignement d’œil ».
Là où le CESR et la SEC craignent notamment une rupture d’équité dans l’accès aux marchés, BATS, entre autres opérateurs, fournit un argumentaire de riposte et appelle à la mobilisation. Mais ceci est une autre histoire…
Cette question se rapporte en revanche de bien des façons à notre thème : les traders deviennent-ils des bogues beaucoup trop lents entre deux ordinateurs ?

Une image du passé ?

