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Les traders sont-ils des bogues ?

5 avril 2010

Les travailleurs du tertiaire les plus rapides de la planète sont-ils menacés d’extinction ? Combien de temps encore, ceux qui brassent des budgets étatiques en quelques clics de souris, les yeux rivés sur leurs terminaux Bloomberg, pourront-ils rivalisés avec les micro-processeurs ?

Le gendarme financier européen, The Committee of European Securities Regulators (CESR), emboîte le pas de la « Securities and Exchange Commission » américaine, en lançant auprès des professionnels une enquête sur le « High Frequency Trading ». L’enquête est ouverte jusqu’au 30 avril.

Cette pratique en pleine ascension inquiète en effet les instances de régulation Le « HFT » est basé sur des algorithmes capables de passer d’énormes quantités d’ordres en millisecondes, profitant d’écarts faibles : les machines parlent aux machines, directement, dans des temps et des proportions qui sont les leurs. Les ruisseaux faisant les grands fleuves, ce seraient ainsi 21 milliards de dollars de marge qui auraient été générées l’an dernier aux Etats-Unis.

Afin d’accroître encore la vitesse des opérations de vente et d’achat, les opérateurs de HFT implantent leurs serveurs le plus près possible des serveurs de la plateforme boursière. La traque aux nanosecondes est engagée. Ainsi les équipements informatiques de Nyse Euronext ont-ils été déménagés de Paris à Londres et des débats auraient lieu pour les rapprocher ensuite de la banlieue londonienne vers le centre.

Cette pratique aurait été favorisée en Europe par la directive de 2007 qui a mis fin au monopole des Bourses traditionnelles, et selon un article du Figaro qui cite la firme de conseil Aite Group, le High Frequency Trading réaliserait aujourd’hui 25% des transactions sur actions en Europe, pour atteindre 30% d’ici à la fin de l’année et 45% en 2012.

On comprend au vu de cette expansion que la course à l’armement technologique soit engagée, qu’il s’agisse des serveurs, de leurs lieux d’implantation et des algorithmes utilisés. La société de « Dark Pool » BATS base son argumentaire sur le fait que ses équipements sont capables de passer des ordres en 270 microsecondes en moyenne, soit « 1000 fois plus vite qu’un clignement d’œil ».

Là où le CESR et la SEC craignent notamment une rupture d’équité dans l’accès aux marchés, BATS, entre autres opérateurs, fournit un argumentaire de riposte et appelle à la mobilisation. Mais ceci est une autre histoire…

Cette question se rapporte en revanche de bien des façons à notre thème : les traders deviennent-ils des bogues beaucoup trop lents entre deux ordinateurs ?

Le High Frequency Trading va-t-il remplacer les traders ?

Une image du passé ?

La surcharge informationnelle est-elle éco-responsable ?

10 novembre 2009

La communication numérique donne l’impression de pouvoir être diffusée et dupliquée à l’infini sans coût induit par la quantité. On n’abat aucun arbre pour rédiger et envoyer un email ; on peut ajouter une multitude de destinataires en quelques clics.

Cette facilité à multiplier les informations importantes, banales et futiles (cf. les fameuses blagues qui circulent à n’en plus finir et qu’on reçoit périodiquement de nombreux correspondants) participe bien sûr à nos surcharges informationnelles.

Cette inflation immatérielle est-elle pour autant écologiquement neutre ?

La question commence à être soulevée avec insistance par la presse anglo-saxonne.

NY Times, Google seeks more power

En 2008 le Harper’s magazine soulève la question de la compétition que se livrent les géants du web pour construire et alimenter leurs énormes datas centers :

“The blueprints depicting Google’s data center at The Dalles, Oregon, are proof that the web is not etheral store of ideas, shimmering over our heads like the aurora borealis. It is a new heavy industry, an energy glutton that is only growing hungrier.”

En rupture avec l’image plutôt « verte », respectueuse de l’environnement et aérienne (le « cloud computing ») véhiculée par cette industrie, ce magazine décrit la course à l’armement en datas centers et alimentation électrique. Dès 2006, l’ensemble des data centers américains auraient consommé plus d’électricité que l’ensemble des télévisions américaines. Cette escalade de puissance se poursuit sur la planète (Sibérie, Shangaï, Dublin, Lituanie, …) en fonction des opportunités électriques, quelle qu’en soit la nature.

Cette année, le Guardian relance la question de l’empreinte écologique de l’industrie du web. Même si le goût du secret des industriels de l’Internet rend les estimations difficiles, des premiers chiffres sont avancés :

« One study by Brown, commissioned by the US environmental protection agency, suggested that US data centers used 61bn kilowatt hours of energy in 2006. That is enough to supply the whole of the UK for two months, and 1.5% of the entire electricity usage of the US.

Brown said that despite efforts to achieve greater efficiency, internet use is growing at such a rate that it is outstripping technical improvements – meaning that American data centers could account for as much as 80bn kWh this year.”

Le Monde Magazine du 31 octobre, se faisant l’écho des travaux du Guardian, compare l’énergie consommée par le «data center » de Google à The Dalles à celle d’une ville occidentale de 400 000 habitants.

Et la croissance en besoins énergétiques semble forte :

“With more than 1.5 billion people online around the world, scientists estimate that the energy footprint of the net is growing by more than 10% each year.”

La « révolution numérique » est-elle éco-responsable ?

Cette question n’est pas en relation directe avec notre thème.

En revanche, la surcharge informationnelle qu’elle engendre est-elle humainement souhaitable et soutenable ? La question de l’empreinte écologique de l’industrie du Web a, de notre point de vue, la vertu de contribuer à interroger la pertinence de nos pratiques… ou à l’inverse, se pourrait-il que l’interrogation sur la pertinence de nos pratiques numériques permette de participer à réduire le stress au travail et à mieux contenir l’empreinte écologique de l’industrie du Net ?