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France Télécom : l’arbre qui cache la forêt du stress au travail ?

4 juin 2010

Un article paru dans l’Express.fr le 3 juin titre « La Poste victime du syndrome France Telecom ».

Dans notre pays au moins, France Télécom serait-il devenu LA référence en matière de stress au travail ?

L’enquête également publiée le 3 juin par l’Agence Européenne pour la Sécurité et la Santé au Travail (EU-OSHA) permet hélas d’en douter.

Cette enquête est présentée par l’Agence européenne comme la plus grande enquête  jamais menée en Europe (31 pays, 36 000 entretiens téléphoniques), à mi-parcours de la stratégie communautaire 2007-2012 en faveur de la santé et de la sécurité au travail.

La principale conclusion porte sur l’accentuation de la préoccupation concernant les risques psychosociaux tels que le stress, la violence et le harcèlement.

  • 4 dirigeants européens sur 5 se disent préoccupés par le stress lié au travail (79%)
  • Ceci place le stress au travail presqu’au même niveau de préoccupation que les accidents de travail (80%)
  • Le stress au travail est désormais reconnu comme pesant lourdement sur la productivité européenne : de 3% à  4% du produit national brut (PNB) européen.
  • Ce PNB est estimé à 16 180 milliards de dollars (source CIA World Factbook) .
  • Selon ce rapport, le coût du stress au travail en Europe s’élèverait donc à 647 milliards de dollars soit (au cours de l’euro au jour de publication : 1.2034 et sur la base de 4%) à plus de 537 milliards d’euros
  • Pour autant, les actions de préventions semblent tarder à être mises en place et le directeur de l’Agence s’inquiète qu’en moyenne seulement 26% des entreprises aient mis en œuvre des mesures préventives.

Enfin, le rapport prend acte de la profonde évolution de nos environnements de travail et de l’émergence de risques nouveaux (liés aux nouvelles technologies notamment) et il encourage la recherche sur ces nouveaux risques. Le rapport n’est-il pas intitulé « Enquête européenne des entreprises sur les risques nouveaux et émergents » ?

Lien du communiqué de presse :
http://osha.europa.eu/fr/press/press-releases/79-of-european-managers-are-concerned-by-work-related-stress-but-less-than-a-third-of-companies-have-set-procedures-to-deal-with-it-1

Lien du résumé en français :
http://osha.europa.eu/fr/publications/reports/fr_esener1-summary.pdf

Lien du rapport complet (en anglais) :
http://osha.europa.eu/en/publications/reports/esener1_osh_management

Vous avez dit stress au travail ?

7 février 2010

Oui, mais de quoi parle-t-on ?

Appelons au secours l’irremplaçable « Dictionnaire historique de la langue française ».

Nous y apprenons que le nom masculin stress est d’origine anglaise (XIVe s.) et signifiait « épreuve, affliction ». Stress est issu par aphérèse (élimination d’un ou de plusieurs phonèmes au début d’un mot) de distress « affliction ». Distress est emprunté à l’ancien français destrece (détresse) ou estrece (étroitesse, oppression), lui-même dérivé du verbe estrecier/estressier plongeant ses racines dans le latin classique stringere, strictum (étroit, strict), « serrer/resserrer » (étreindre).

Le stress est employé en 1936 par l’endocrinologiste canadien Hans Selye. Dans The stress of life, publié en 1956, il popularise le nom et définit le stress comme une réaction adaptative des organismes vivants face aux agressions.

Sa théorie du syndrome général d’adaptation modélise une évolution suivant trois stades successifs :

« 1) La réaction d’alarme pendant laquelle les forces de défense sont mobilisées ; 2) Le stade de résistance qui reflète la complète adaptation à l’agent stressant ; 3) Le stade d’épuisement qui suit inexorablement pourvu que l’agent stressant soit assez puissant et agisse assez longtemps, le pouvoir d’adaptation d’un être vivant étant toujours limité. » (Hans Selye, Du rêve à la découverte, Éditions de La Presse, 1973, pp. 66-68)

Dans une interview publiée par Le Monde du 23 janvier 2010, à la question « Existe-t-il un bon et un mauvais stress », le professeur de neurosciences Michel Le Moal répond : « Bien sûr. Le stress, c’est la vie, le moteur de nos pensées et de nos actions. […] Mais si les stresseurs perdurent ou sont trop violents, ils peuvent occasionner des menaces ingérables […] » qui peuvent conduire un individu à « entrer dans un stress chronique avec des transformations biologiques durables. »

L’Agence européenne pour la sécurité et la santé au travail définit l’état de stress au travail comme un « déséquilibre entre la perception qu’une personne a des contraintes que lui impose son environnement et la perception qu’elle a de ses propres ressources pour y faire face. Bien que le processus d’évaluation des contraintes et des ressources soit d’ordre psychologique, les effets du stress ne sont pas, eux, uniquement de même nature. Ils affectent également la santé physique, le bien-être et la productivité ».

Il est bien sûr impossible de dire si nous sommes plus ou moins stressés que nos ancêtres. Nous le sommes certainement très différemment. Le professeur Le Moal estime « probable que les rapports des individus à la société aient changé. Ils sont plus conflictuels, source d’humiliation, d’échecs, d’exclusions. Le citoyen actuel – qui a gagné en autonomie – a perdu les supports familiaux, sociaux, affectifs et religieux qui l’aidaient à amortir son stress. Seul face aux évènements, son corps va lui révéler son malaise. »

Selon le professeur Le Moal, la communauté scientifique s’accorde de plus en plus autour du paradigme émergeant de « pathologies sociales chroniques » qui définit mieux le stress pathogène et tous les processus délétères qui l’accompagnent.

« Pathologies sociales chroniques » c’est moins concis que stress mais n’est-ce pas plus explicite pour caractériser cette pandémie sociale rampante qu’il apparaît nécessaire d’œuvrer à prévenir ?